7 septembre 2026
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Un tribunal de Bamako scelle le sort de deux voix critiques

Les murs du tribunal militaire de Bamako ont à nouveau résonné sous le poids d’une sentence sévère. Mohamed Youssouf Bathily, connu du grand public sous le pseudonyme de Ras Bath, et Rokia Doumbia, surnommée Rose « la vie chère », viennent d’être condamnés à dix ans d’emprisonnement. Parmi ces dix années, sept devront être purgées derrière les barreaux, le reste bénéficiant d’un sursis. Leur crime ? Avoir osé défier publiquement les autorités en place, incarnées par le général Assimi Goïta et son gouvernement de transition.

Les chefs d’accusation retenus contre eux, à savoir « association de malfaiteurs » et « atteinte au crédit de l’État », illustrent une fois de plus la rigueur avec laquelle les dissidences sont réprimées dans le pays.

Une répression qui s’étend bien au-delà des deux condamnés

Cette condamnation ne constitue pas un épiphénomène, mais s’inscrit dans une dynamique plus large de restriction des libertés au Mali. Les autorités n’hésitent plus à museler toute opposition, qu’elle vienne de personnalités politiques, d’activistes ou de simples citoyens engagés.

Du côté des figures politiques, l’économiste et ancien conseiller présidentiel Étienne Fakaba Sissoko croupit déjà derrière les barreaux pour avoir dénoncé, par écrit, les dérives de la transition en cours. Malick Coulibaly, ex-ministre de la Justice, ainsi que plusieurs responsables de partis d’opposition, ont également subi arrestations ou poursuites judiciaires, souvent qualifiées d’arbitraires par les observateurs.

Parmi les défenseurs de la société civile, Clément Dembélé, figure emblématique de la lutte contre la corruption, a connu la détention après avoir pointé du doigt les orientations stratégiques du régime. Les militants des réseaux sociaux, quant à eux, subissent des fermetures de comptes ou des privations de liberté pour des publications jugées subversives, notamment sur les thèmes de la sécurité ou de l’économie malienne.

La presse malienne en première ligne : les journalistes locaux vivent sous la menace permanente d’interpellations ou de suspensions d’antenne. Parallèlement, plusieurs médias internationaux se voient interdire l’accès au territoire, renforçant l’isolement informationnel du pays.

Quand la critique devient un délit

Pour les avocats de Ras Bath et de Rose « la vie chère », cette décision judiciaire est la preuve ultime de l’instrumentalisation du système judiciaire afin de museler toute velléité de débat public. Bien que l’équipe de défense ait d’ores et déjà annoncé son intention de former un recours devant la Cour suprême, le verdict en lui-même envoie un message clair : au Mali, contester le coût de la vie ou la légitimité du pouvoir militaire relève désormais du crime d’État.