3 août 2026
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Libreville réalise une performance remarquable en mobilisant 920 millions de dollars sur les marchés internationaux, dépassant largement l’objectif initial de 750 millions. Cette émission historique marque le plus grand emprunt souverain du Gabon depuis plusieurs années, mais s’accompagne d’un coût de financement élevé, reflétant une confiance encore prudente des investisseurs malgré les réformes structurelles engagées.

Thierry Minko, ministre de l'Économie du Gabon, lors de l'annonce de l'Eurobond

Un emprunt historique qui confirme l’attractivité du Gabon

Le 30 juillet 2026, le gouvernement gabonais a finalisé les termes d’un Eurobond de 920 millions de dollars, soit une progression de 22,7 % par rapport à l’objectif initial fixé à 750 millions. Cette opération représente le plus important retour sur les marchés internationaux depuis plusieurs années pour Libreville.

Le règlement de cette émission est prévu autour du 5 août. Les obligations émises arriveront à échéance en 2033, après une maturité de sept ans incluant trois années de grâce pendant lesquelles seul le paiement des intérêts sera effectué. Le remboursement du capital interviendra ensuite.

Les responsables gabonais soulignent que l’opération a été sursouscrite, avec une demande dépassant le milliard de dollars. Ce surplus de liquidités a permis au Trésor public d’ajuster le montant final à 920 millions, soit 170 millions de plus que prévu initialement.

Une progression notable par rapport à l’émission de 2025

Ce nouveau placement améliore significativement les paramètres de l’opération menée en février 2025, où le Gabon avait levé 570 millions de dollars avec une échéance en 2029 et un taux d’intérêt de 9,5 %.

En un an, le montant emprunté a augmenté de 61,4 %, tandis que la maturité s’est allongée de quatre à sept ans. Le coupon a légèrement diminué, passant à 9,375 %, soit une réduction de 12,5 points de base. Cependant, cette baisse reste modérée et ne reflète pas l’ensemble du coût réel de l’emprunt, lequel dépend aussi du prix d’émission, du rendement exigé et des frais annexes.

En 2025, l’obligation avait été émise à sa valeur nominale, générant un rendement initial de 12,7 %. Les détails concernant le prix d’émission et le rendement effectif de la nouvelle émission n’ont pas encore été communiqués, rendant toute comparaison précise prématurée.

Autre point marquant : contrairement à l’opération de 2025, qui avait principalement servi à refinancer un Eurobond arrivant à échéance en juin, aucune restructuration de dette n’a été évoquée cette fois. Une part plus importante des fonds pourrait donc être directement allouée aux besoins de financement de l’État, après déduction des frais de placement.

Comparaison avec le Cameroun : plus ambitieux, mais à un coût plus élevé

Les deux pays africains ont récemment levé des fonds sur les marchés internationaux, mais leurs stratégies diffèrent. Le Cameroun, dont la monnaie est arrimée à l’euro, a mis en place un swap dollar-euro pour réduire son exposition au risque de change. Selon les autorités camerounaises, ce mécanisme abaisse le coût effectif de l’opération à 7,79 % en euros.

Pour l’instant, ce taux reste inférieur au coupon gabonais de 9,375 %. Toutefois, la comparaison reste incomplète en l’absence des données complètes sur le rendement effectif de l’Eurobond gabonais.

Pour Libreville, les principaux atouts de cette opération résident dans l’ampleur des fonds mobilisés, l’allongement de la maturité et l’absence de refinancement simultané, plutôt que dans une baisse significative du coût de la dette.

Moody’s maintient une notation dégradée, malgré le succès commercial

Cette émission intervient dans un contexte marqué par la décision de Moody’s de maintenir la note souveraine du Gabon à « Caa2 », tout en passant sa perspective de « stable » à « négative ». L’agence justifie cette décision par des besoins de financement importants, un accès encore limité aux ressources financières et le risque de nouvelles restructurations ou refinancements de la dette.

Le coupon de 9,375 % illustre ainsi que, malgré l’engouement des investisseurs pour cette émission, ceux-ci exigent une rémunération élevée pour couvrir le risque associé à la signature gabonaise.

Fonds mobilisés et perspectives budgétaires

Le gouvernement gabonais précise que le produit net de cette levée servira principalement au financement des projets d’investissement publics et au règlement d’arriérés, notamment des engagements commerciaux extérieurs et multilatéraux. Aucun remboursement de créances envers des entreprises locales n’est mentionné.

Cette levée reste cependant inférieure au plafond d’endettement autorisé par la loi de finances rectificative du 17 juillet, qui fixe une enveloppe maximale de 857,9 milliards de FCFA (environ 1,5 milliard de dollars) pour les emprunts internationaux. Avec 920 millions de dollars mobilisés, le Gabon a utilisé près de 61 % de cette marge, laissant une capacité théorique d’environ 580 millions de dollars. Aucune nouvelle émission n’est annoncée pour l’instant.

La loi prévoyait également une maturité pouvant atteindre dix ans, contre sept ans obtenus finalement. Les autorités n’ont pas encore expliqué cet écart.

Un signal envoyé au FMI et aux investisseurs

Préparée après la publication d’un prospectus préliminaire le 27 juillet et pilotée par le ministre des Finances Thierry Minko, cette opération envoie un message fort aux marchés internationaux. Le gouvernement y voit la preuve d’une « confiance renouvelée des investisseurs » dans la gestion économique du pays et dans la trajectoire des réformes engagées.

Cette dynamique pourrait être renforcée par la conclusion attendue d’un accord avec le Fonds monétaire international. Les discussions techniques sont en cours et une mission du FMI est prévue à Libreville en septembre 2026, avec pour objectif de finaliser un programme économique et financier avant la fin de l’année.

Pour autant, malgré ce succès commercial, le Gabon reste confronté à un défi persistant : l’accès aux marchés internationaux s’obtient à un prix élevé, reflétant une prime de risque toujours significative.