7 septembre 2026
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Un débat qui secoue la scène politique sénégalaise

Ces dernières semaines, la question des fonds politiques a pris une place centrale dans les discussions au Sénégal. Entre plateformes médiatiques, réseaux sociaux et hémicycle parlementaire, l’affaire divise profondément. Au cœur du débat : l’utilisation et l’origine de ces enveloppes discrétionnaires attribuées à la Primature. Une polémique qui coïncide avec une session parlementaire exceptionnelle, lancée le 10 août dernier sous l’égide d’Ousmane Sonko. L’Assemblée nationale y examine plusieurs textes, dont une proposition de loi visant à encadrer les crédits spéciaux et fonds secrets, ainsi que des réformes sur la déclaration de patrimoine et le Code du travail.

Qui a bénéficié de ces fonds avant Ousmane Sonko ? Comment ont-ils été utilisés ? Ce sont les questions qui resurgissent avec force, dans un contexte où la transparence budgétaire est plus que jamais exigée.

L’intervention d’Aly Ngouille Ndiaye qui relance la polémique

Tout a commencé avec une déclaration sans équivoque d’Aly Ngouille Ndiaye, ancien ministre de l’Intérieur, lors d’une émission télévisée. Selon lui, Ousmane Sonko serait le premier Premier ministre à avoir disposé de fonds politiques dédiés à sa fonction : « En réalité, il a été le premier chef du gouvernement à y avoir droit. Moi, je n’ai pas été Premier ministre, mais il y a des anciens Premiers ministres qui sont toujours en vie et qui m’entendent. Seuls Boun Abdallah Dionne, décédé, et Amadou Ba, remplacé avant d’en bénéficier, n’ont pas eu accès à ces fonds. »

Il a également questionné le montant évoqué par Sonko, soit 1,7 milliard de francs CFA, sans préciser si cette somme était annuelle ou trimestrielle. Selon ses dires, cette première enveloppe aurait été entièrement consommée avant qu’une rallonge ne soit demandée. Une situation qu’il juge préoccupante : « Dans les commissions d’enquête, il aurait dû inclure son propre cas, pour des raisons de transparence. Et il y a même des choses que je sais que je ne peux pas dire ici. »

Des anciens Premiers ministres contredisent la version d’Aly Ngouille Ndiaye

La déclaration d’Aly Ngouille Ndiaye a immédiatement suscité des réactions vives, notamment sur les réseaux sociaux. Plusieurs témoignages, dont celui de Souleymane Ndéné Ndiaye, dernier Premier ministre d’Abdoulaye Wade, ont mis en lumière l’existence de ces fonds bien avant l’arrivée d’Ousmane Sonko. Lors d’une émission en avril 2025, il avait affirmé : « Même quand j’étais Directeur de cabinet du président de la République, j’avais déjà des fonds politiques. Chaque fin du mois, on me donnait mes fonds politiques. » Une révélation qui invalide l’argument selon lequel Sonko serait le premier bénéficiaire de ce système.

D’autres figures politiques, comme Macky Sall et Idrissa Seck, anciens Premiers ministres sous Abdoulaye Wade, ont également évoqué l’existence de ces fonds. Certains internautes ont rappelé un fait marquant : Abdoulaye Wade aurait puisé dans ses propres fonds présidentiels pour soutenir financièrement son Premier ministre lors de certaines dépenses.

La réponse de la mouvance présidentielle : des « affirmations gratuites »

Du côté du gouvernement, Elimane Pouye, directeur général de la SOGEPA SN, a vivement réagi aux déclarations d’Aly Ngouille Ndiaye. Il a qualifié ces affirmations de « gratuites » et invité à comparer les budgets de la Primature sur les exercices 2023, 2024 et 2025. Selon lui, les variations observées s’expliquent par les changements institutionnels, et non par une innovation introduite par Ousmane Sonko. Pour lui, le débat doit porter sur l’usage de ces fonds, et non sur leur existence ou leur montant.

Plusieurs membres du parti au pouvoir, Pastef, ont rappelé que leur formation dénonçait depuis 2014 l’absence de contrôle sur ces fonds, et que leur réforme figurait dans leur programme électoral dès 2019. Une manière de souligner que cette pratique n’est pas une nouveauté, mais bien un héritage politique documenté depuis des années.

Une histoire des fonds politiques marquée par une inflation budgétaire

Pour comprendre l’ampleur du débat, il faut remonter le fil de l’histoire. Selon des éléments parlementaires, ces enveloppes discrétionnaires auraient connu une croissance exponentielle : environ 650 millions de francs CFA sous la présidence d’Abdou Diouf, pour atteindre près de 8 milliards sous celle d’Abdoulaye Wade. Un rapport des Inspecteurs généraux d’État (IGE), couvrant la période 2008-2012, avait révélé que 108 milliards de francs CFA avaient été consommés, dont 48 milliards sans aucune régularisation comptable. Un chiffre qui a alimenté les archives de la reddition des comptes publiques sénégalaise.

Un exemple concret illustre cette opacité : le Programme national de développement local (PNDL), un fonds de 100 milliards de francs CFA confié à la Primature. Ce programme avait fait l’objet d’une enquête après le départ d’Idrissa Seck du gouvernement en 2004, notamment pour vérifier la gestion de ces fonds et des biens immobiliers acquis par l’ancien Premier ministre. Une affaire qui a marqué l’histoire politique sénégalaise.

Les voix qui réclament un encadrement légal des fonds politiques

Face à cette situation, plusieurs députés ont milité pour un encadrement strict de ces fonds. Guy Marius Sagna, député de la majorité, a révélé avoir soumis dès septembre 2025 une proposition de loi visant à créer une « Commission de vérification des crédits fonds politiques ». Ousmane Sonko, alors président du groupe parlementaire Pastef, lui aurait demandé de patienter, préférant que la réforme soit portée par le gouvernement plutôt que par l’Assemblée nationale. Guy Marius Sagna a depuis déposé quatre propositions de loi, dont une prévoit la création d’une commission chargée de vérifier l’utilisation de ces fonds.

Thierno Alassane Sall, député et ancien ministre de l’Énergie, a quant à lui qualifié ces fonds de « vol », dénonçant leur absence de base légale. Il a appelé à distinguer ces enveloppes des crédits votés pour le renseignement à la présidence, tout en exigeant une transparence totale sur leur gestion.

D’autres voix, comme celle d’El Hadj Momar Samb, secrétaire général de la RTA-S, ont critiqué un « opportunisme » de la majorité parlementaire. Bien que favorable à la transparence, il a plaidé pour un contrôle élargi, incluant la gestion de l’ONAS, les revenus pétroliers et les fonds de Matam.

Encadrer plutôt que supprimer : la position officielle

Lors d’une intervention en mai dernier, Bassirou Diomaye Faye, président de la République, avait justifié le maintien de ces fonds, soulignant leur rôle dans le renseignement et la solidarité. Selon lui, une suppression pure et simple créerait un vide face à des besoins sociaux urgents. Ousmane Sonko, de son côté, a exclu toute suppression, tout en se disant favorable à leur encadrement. Il a cité devant l’Assemblée nationale, le 22 mai 2026, le montant de 1,77 milliard de francs CFA alloué à la Primature.

Cette position s’inscrit dans le cadre de la session parlementaire ouverte le 10 août 2026, où l’ordre du jour prévoit l’examen en urgence d’une proposition de loi visant à encadrer les crédits spéciaux et fonds secrets. Un débat qui met en lumière la tension entre une pratique institutionnelle ancienne et les exigences de transparence portées par les nouvelles autorités depuis leur arrivée au pouvoir en 2024.