7 septembre 2026
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Depuis son apparition en République démocratique du Congo (RDC) le 15 mai, l’épidémie de fièvre hémorragique Ebola, causée par la souche Bundibugyo, ne cesse de s’aggraver. Aucune décélération n’est observée, comme l’a confirmé début août la directrice médicale adjointe de Médecins Sans Frontières lors d’une visite officielle avec le directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) dans l’est du pays. Avec plus de 4 000 cas enregistrés et un bilan de 1 850 décès, cette épidémie est désormais la deuxième plus meurtrière de l’histoire, avec un taux de létalité dépassant les 40 %.

Le Bundibugyo, responsable de cette flambée, se révèle particulièrement virulent : il a déjà causé cinq fois plus de morts que lors des précédentes épidémies de cette souche en RDC. Pour comparaison, il avait fallu plus de dix mois pour atteindre un bilan similaire lors de l’épidémie de 2018-2020. « À ce jour, je ne peux malheureusement pas affirmer que nous maîtrisons totalement cette crise sanitaire », a déclaré Jean Kaseya, directeur général de l’Africa CDC, fin juillet.

Un terrain hostile à la lutte contre le virus

Plusieurs obstacles majeurs entravent la lutte contre cette épidémie. D’abord, la détection tardive des premiers cas, en raison des conditions extrêmes qui règnent dans l’est de la RDC. La province de l’Ituri, épicentre de l’épidémie, est ravagée par des violences récurrentes : attaques des ADF venues d’Ouganda, milices locales en conflit pour le contrôle des ressources, et tensions persistantes dans le Nord-Kivu, où le groupe armé M23, soutenu par le Rwanda, a pris le contrôle de vastes zones.

Ces conflits ont provoqué des déplacements massifs de populations vers l’Ouganda, le Burundi ou d’autres régions congolaises, créant une crise humanitaire et sécuritaire sans précédent. Les conditions de vie précaires, couplées à une surveillance épidémiologique insuffisante au départ, ont retardé l’identification et la confirmation des cas. Résultat : le suivi des contacts reste largement défaillant. À Bunia, par exemple, 90 % des patients admis n’étaient pas des contacts suivis, et seulement 59 % des contacts ont pu être traqués en Ituri. Pourtant, pour chaque cas confirmé en ville, environ 40 contacts devraient être surveillés — un objectif loin d’être atteint.

Des traitements en test, mais une réponse encore insuffisante

Face à cette situation critique, des avancées scientifiques sont en cours. Un essai clinique pour un vaccin contre le Bundibugyo a débuté à l’université d’Oxford, tandis que la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations (CEPI) finance le développement d’un autre vaccin par Hilleman Laboratories, avec l’objectif de produire rapidement des doses pour la RDC. Par ailleurs, l’Africa CDC a annoncé l’injection massive du vaccin contre la souche Zaïre d’Ebola, bien que cette souche soit différente. Les résultats sont encourageants : les patients vaccinés contre Zaïre développent des symptômes légers et ne meurent pas. Plus de 40 patients participent également à un essai combinant plusieurs traitements.

Jean Kaseya a également évoqué l’utilisation du remdesivir, un antiviral déjà testé avec succès en Ouganda, où il a permis de réduire significativement le taux de létalité. « En Ouganda, le remdesivir a été administré à tous les malades et leurs contacts, ce qui explique pourquoi le taux de mortalité y est de seulement 10 % », a-t-il souligné. Les projections internationales laissent craindre que cette épidémie ne dépasse en ampleur celle de 2014-2016 en Afrique de l’Ouest, la plus dévastatrice jamais enregistrée.

Une aide internationale arrivée trop tard

Un autre facteur a aggravé la situation : le retard dans l’arrivée de l’aide internationale. Début 2025, les États-Unis avaient suspendu leurs subventions sanitaires et médicales, via USAID, fragilisant considérablement la réponse congolaise. Ce n’est que début août que Washington a débloqué une enveloppe de 242 millions de dollars, portant l’aide américaine totale à 512 millions pour lutter contre Ebola. Ces fonds permettront enfin, trois mois après le début de l’épidémie, de financer le plan de réponse de l’OMS et de la CDC pour les six premiers mois, évalué à 518 millions de dollars. Pourtant, ce montant reste bien inférieur aux dépenses américaines antérieures en matière d’aide humanitaire et sanitaire.