
épidémie d’Ebola en RDC : plus de 2 000 morts, une crise sanitaire hors de contrôle
Plus de 2 000 personnes ont succombé à l’épidémie d’Ebola qui frappe la République démocratique du Congo depuis le début de l’année, selon les derniers chiffres officiels. Les autorités sanitaires tirent la sonnette d’alarme : cette flambée pourrait s’inscrire comme la plus meurtrière jamais enregistrée dans le pays. Les données gouvernementales, publiées dans la nuit de mardi, révèlent un total de 4 381 cas confirmés, avec une accélération alarmante du nombre de décès.
Alors qu’il a fallu près de neuf semaines pour atteindre le seuil des 1 000 morts, le cap des 2 000 décès a été franchi en seulement trois semaines. Une progression qui illustre l’urgence à renforcer les moyens de riposte face à une épidémie en pleine expansion.
L’ampleur de cette crise sanitaire s’explique en grande partie par les difficultés logistiques rencontrées pour acheminer les soins et les équipements dans les zones reculées. Les conflits armés persistants, l’état désastreux des routes et les mouvements de grève des personnels soignants, en raison de retards de paiement, ont encore aggravé la situation.
Le Dr Jean-Marie Akandabo, en première ligne dans la prise en charge des patients à Ituri (nord-est du pays), qualifie ce bilan de « catastrophique » et appelle à une mobilisation immédiate des ressources disponibles. « Cette 17e vague d’Ebola pourrait bien devenir la plus dévastatrice de l’histoire de la RDC », a prévenu Sania Nishtar, directrice générale de l’alliance mondiale pour les vaccins Gavi.
Avec un taux de létalité de 45,9 %, cette épidémie dépasse largement celui de la flambée ouest-africaine de 2014-2016, qui avait enregistré un taux de mortalité de 39,6 % pour plus de 28 000 cas. Pourtant, cette dernière reste à ce jour la pire épidémie d’Ebola jamais recensée.
Un virus sans traitement ni vaccin dédié
Déclarée le 15 mai, cette épidémie a en réalité débuté plusieurs mois plus tôt, en février, comme l’ont révélé les analyses de séquençage viral. Face à l’urgence, l’état d’urgence sanitaire a été décrété en République démocratique du Congo.
Cette flambée présente une particularité redoutable : elle est causée par la souche Bundibugyo, pour laquelle aucun vaccin ni traitement n’est encore homologué. Des essais cliniques sont actuellement en cours dans la province d’Ituri, épicentre de l’épidémie, afin de tester l’efficacité du vaccin Ervebo, déjà utilisé contre la souche Zaïre, dans l’espoir d’une protection partielle.
Deux autres candidats-vaccins contre la souche Bundibugyo sont en phase préliminaire d’essais cliniques, tandis qu’un troisième est en développement avancé.

Les experts de l’OMS ont recommandé la mise en place d’un essai clinique à grande échelle avec le vaccin Ervebo, actuellement homologué contre la souche Zaïre. Les données préliminaires suggèrent qu’il pourrait offrir une protection limitée contre la souche Bundibugyo, bien que des tests plus poussés soient nécessaires pour confirmer cette hypothèse.
Le Dr Mohamed Yakub Janabi, directeur régional de l’OMS pour l’Afrique, résume la situation avec gravité : « Les équipes sanitaires courent après le virus, qui a pris une avance considérable ». Le virus Ebola, qui se transmet par contact avec les fluides corporels, provoque une fièvre hémorragique souvent mortelle. Son identification remonte à 1976, près de la rivière Ebola, dans l’actuelle République démocratique du Congo.
Dans cette région marquée par des conflits armés et des infrastructures défaillantes, la surveillance épidémiologique se heurte à des obstacles majeurs. De nombreux agents de santé ont cessé le travail en signe de protestation contre les retards de paiement, tandis que la majorité des nouveaux cas échappent encore au traçage des contacts, signe que la transmission reste largement incontrôlée.
Paul Hunter, professeur de médecine à l’Université de l’Est de l’Angleterre, met en garde : « Sans vaccin efficace, le contrôle de l’épidémie repose sur la détection précoce des cas et leur isolement dans des centres spécialisés. Mais dans une zone en proie à l’insécurité et aux coupures de communication, cette mission devient quasi impossible ».





