20 juillet 2026
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La Côte d’Ivoire mise sur ses champions économiques locaux pour un avenir prospère

Après quinze années de croissance soutenue, la Côte d’Ivoire accélère sa stratégie pour faire émerger des entreprises locales capables de rivaliser avec les géants du continent. Ces champions nationaux, issus de secteurs variés comme les cosmétiques, la finance ou l’énergie, sont appelés à jouer un rôle clé dans le développement économique du pays d’ici 2030.

Des entreprises ivoiriennes en pleine expansion

Dans l’effervescence de la zone industrielle de Yopougon, à Abidjan, des centaines d’ouvrières s’activent pour embouteiller des produits cosmétiques à base de beurre de karité. Parmi elles, Fodé Yattabaré, PDG de Kaera, se souvient des débuts modestes de son entreprise dans un petit appartement à la fin des années 2000.

Aujourd’hui, Kaera emploie 600 personnes et exporte ses produits de beauté dans une trentaine de pays, de l’Afrique de l’Ouest jusqu’à Paris et Dubaï. « L’écosystème ivoirien est favorable à l’entrepreneuriat. Cela renforce notre confiance dans l’avenir« , confie le quadragénaire, qui vise désormais le marché européen.

Autre acteur emblématique, Djamo, une fintech ivoirienne fondée en 2020, allie banque traditionnelle et solutions mobiles. Avec déjà deux millions d’utilisateurs, dont une majorité de clients non bancarisés, l’entreprise illustre l’innovation financière en Afrique de l’Ouest. « La stabilité politique et économique de la Côte d’Ivoire attire les investisseurs. Il est plus facile pour nous de lever des fonds ici« , explique Régis Bamba, son cofondateur.

Un écosystème en construction

Ces entreprises font partie d’une nouvelle génération de champions nationaux qui devraient dynamiser l’économie ivoirienne et soutenir les PME locales. « Nous avons une responsabilité d’exemplarité« , souligne Sébastien Kadio Morokro, directeur de Pétro Ivoire, distributeur de carburants. « L’État doit investir massivement pour créer des champions nationaux capables de former, de créer de la valeur et de réinvestir. »

Souleymane Diarrassouba, ministre du Plan, confirme cette ambition : « Nous préparons une politique dédiée aux PME. Pour devenir un champion, il faut être accompagné dès l’éclosion« . Le gouvernement vise la création de plusieurs centaines de champions nationaux dans les années à venir.

Des indicateurs économiques encourageants

La Côte d’Ivoire affiche une croissance robuste, supérieure à 6% par an depuis plusieurs années, faisant d’elle l’une des locomotives économiques d’Afrique de l’Ouest. Malgré un secteur informel dominant (près de 90% des emplois), les indicateurs macroéconomiques sont au vert. En décembre, l’agence Fitch a relevé la note souveraine du pays (BB), reflétant cette confiance retrouvée.

« Cette performance s’inscrit dans la dernière phase de notre stratégie pour faire de la Côte d’Ivoire un pays à revenu intermédiaire d’ici 2030« , précise Souleymane Diarrassouba. L’objectif ? Atteindre un revenu brut annuel par habitant supérieur à 4 000 dollars, contre 2 700 dollars actuellement.

Les défis à relever

Malgré ces avancées, des obstacles persistent. La bureaucratie et la corruption restent des freins majeurs, tout comme la présence du pays sur la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI) pour le blanchiment d’argent. Les entrepreneurs ivoiriens appellent à une numérisation accrue de l’administration pour simplifier les démarches et élargir l’assiette fiscale.

« La digitalisation de l’État permet de collecter davantage de recettes pour financer le développement« , explique Blaise Makaye, économiste à l’université de Bouaké. Il souligne aussi l’impact positif des récentes découvertes pétrolières et gazières sur l’économie nationale.

Autre priorité : l’accélération de la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). « Les normes et réglementations divergent entre les pays africains. La ZLECAf pourrait harmoniser ces règles et ouvrir de nouveaux marchés« , plaide Fodé Yattabaré.

« Plus de libre-échange, c’est plus de business, plus de facilité et plus de valeur créée« , renchérit Régis Bamba.

Un financement record pour 2026-2030

La Côte d’Ivoire a récemment obtenu des financements publics internationaux records : 80 milliards de dollars (70 milliards d’euros) pour son Plan national de développement 2026-2030, soit quatre fois plus que prévu. Le secteur privé pourrait apporter près de 150 milliards de dollars (131 milliards d’euros) supplémentaires.

« Ces fonds vont accélérer la transformation structurelle de notre économie et soutenir l’émergence de champions nationaux« , se réjouit Souleymane Diarrassouba. Une aubaine pour un pays déterminé à écrire une nouvelle page de son histoire économique.