7 septembre 2026
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Depuis le début de la transition politique en août 2023, le groupe Ebomaf, originaire du Burkina Faso, s’est imposé comme le principal bénéficiaire des marchés publics au Gabon. En à peine trois ans, l’entreprise fondée par Mahamadou Bonkoungou a accumulé des contrats dépassant les 700 milliards de FCFA, un volume exceptionnel pour un seul opérateur étranger dans ce pays d’Afrique centrale. Les réalisations couvrent des infrastructures majeures : routes stratégiques, extension de l’aéroport d’Andem, et surtout la construction de Libreville 2, la nouvelle capitale administrative promise par le président de transition Brice Clotaire Oligui Nguema.

Une hégémonie contestée dans les marchés publics gabonais

L’ascension fulgurante d’Ebomaf dans le secteur des infrastructures soulève des interrogations sur la concentration des marchés publics. Chaque grand projet annoncé par les autorités semble systématiquement attribué au même prestataire, sans que les appels d’offres ne fassent toujours l’objet d’une communication transparente. Les chantiers confiés à l’entreprise s’étendent sur des centaines de kilomètres de routes, s’ajoutant à des infrastructures aéroportuaires et à un vaste projet urbain visant à désengorger la capitale gabonaise.

Cette domination quasi exclusive d’un seul acteur pose une question centrale : celle de la dépendance excessive de l’État gabonais vis-à-vis d’un opérateur unique. Lorsque le même groupe assure à la fois la conception, la réalisation et parfois le financement initial de plusieurs projets simultanément, la marge de manœuvre budgétaire de l’État se réduit considérablement. Le Gabon, dont les revenus pétroliers ont diminué ces dernières années, fait face à un endettement extérieur sous surveillance accrue des institutions financières internationales.

Des engagements financiers opaques et des comptes non consolidés

Le montant de 700 milliards de FCFA, avancé par Ebomaf, n’a pas été corroboré par une vérification publique des administrations gabonaises compétentes. Ni le ministère des Travaux publics, ni celui des Comptes publics, ni même la Cour des comptes n’ont, à ce jour, publié un bilan consolidé des engagements contractuels entre l’État gabonais et le groupe burkinabè. L’absence de données centralisées rend difficile l’évaluation des flux financiers réels : paiements directs, préfinancements bancaires ou mécanismes de compensation restent flous.

Cette opacité alimente les doutes sur la traçabilité des dépenses. Quelles institutions valident les décomptes ? Quelles banques gèrent ces flux financiers ? Quelles garanties souveraines ont été mises en place pour sécuriser les préfinancements ? Autant de questions qui, selon les normes de transparence promues par le Fonds monétaire international et la Banque africaine de développement, devraient faire l’objet de publications régulières. Pourtant, le silence des institutions contraste avec l’affichage médiatique des inaugurations de chantiers.

Un modèle de financement à double tranchant pour l’économie gabonaise

Ebomaf s’est imposé en Afrique de l’Ouest grâce à un modèle intégrant exécution des travaux et préfinancement bancaire, souvent garanti par des établissements financiers régionaux. Ce système offre un avantage certain aux États en situation de tension budgétaire : il permet de démarrer rapidement des projets sans mobiliser immédiatement des fonds publics. En revanche, il reporte sur les exercices budgétaires futurs une charge de remboursement dont le coût dépend des conditions financières négociées.

Ce schéma a permis au groupe de s’implanter durablement au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, au Togo ou encore au Sénégal. Cependant, il a aussi suscité des polémiques récurrentes concernant les taux appliqués, les éventuels surcoûts et la qualité des infrastructures livrées. L’application de ce modèle à grande échelle au Gabon, dans un contexte politique transitoire, exige une analyse rigoureuse des clauses financières et des dispositifs de contrôle mis en place.

Pour les partenaires financiers du Gabon, l’enjeu va bien au-delà de la simple performance des chantiers. Il concerne la crédibilité de la trajectoire budgétaire affichée par les autorités de transition et la soutenabilité de la dette publique une fois les élections passées. La publication d’un rapport consolidé sur les engagements liés à Ebomaf constituerait un gage de transparence, d’autant que les bailleurs multilatéraux réévaluent actuellement leur exposition au risque souverain gabonais.

Cette concentration des grands projets entre les mains d’un seul acteur interroge également l’écosystème local du BTP. Les entreprises gabonaises, souvent reléguées au rôle de sous-traitants, peinent à se développer en raison de l’accès limité aux marchés structurants. La question de la gestion comptable d’Ebomaf au Gabon reste, elle aussi, sans réponse claire.