Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a officiellement sollicité l’avis du Conseil constitutionnel pour organiser en 2027 un scrutin unique combinant les élections législatives et locales. Cette initiative, dévoilée cette semaine, s’inscrit dans un contexte politique particulièrement tendu, marqué par la rupture avec son ancien allié Ousmane Sonko et l’hypothèse d’une dissolution de l’Assemblée nationale envisagée pour fin novembre 2026.
Un calendrier électoral optimisé pour 2027
L’objectif affiché de ce couplage des scrutins est triple : réduire les coûts logistiques et financiers, simplifier le calendrier institutionnel et limiter les mobilisations successives des électeurs. Normalement, les élections locales doivent se tenir avant janvier 2027, date d’expiration des mandats des exécutifs locaux. En organisant un double scrutin le même jour, le pouvoir espère alléger la charge budgétaire et fluidifier le processus électoral.
Cette demande d’avis consultatif au Conseil constitutionnel, bien que non contraignante, prépare le terrain pour une décision politique majeure. Si l’avis est favorable, Bassirou Diomaye Faye pourrait dissoudre l’Assemblée nationale et convoquer un scrutin unique en 2027.
Une majorité perdue et une opposition renforcée
Le président Faye a perdu sa majorité parlementaire le 22 mai 2026, à la suite de sa rupture avec le parti Pastef dirigé par Ousmane Sonko. Ce dernier, ancien Premier ministre, occupe désormais la présidence de l’Assemblée nationale et représente une opposition de plus en plus structurée face à l’exécutif.
Cette rupture a précipité une crise institutionnelle. Le 29 juin, l’Assemblée nationale a adopté une réforme constitutionnelle visant à réduire les pouvoirs présidentiels au profit du Parlement. Le président Faye a contesté ce texte devant le Conseil constitutionnel, qui l’a invalidé. Cette décision a encore accru les tensions entre l’exécutif et le législatif.
Un défi électoral pour les partis politiques
Le couplage des scrutins constituera un test crucial pour l’ensemble des formations politiques sénégalaises, notamment pour la coalition « Diomaye Président ». Cette dernière cherche à s’implanter durablement dans les collectivités locales. Par ailleurs, le président a annoncé la création prochaine de son propre parti politique pour s’affranchir de la tutelle du Pastef.
Pour Ousmane Sonko et le Pastef, ce scénario représente une opportunité de renforcer leur ancrage territorial tout en contestant la légitimité parlementaire du président. Les enjeux sont donc à la fois électoraux et institutionnels.
Un pays en pleine recomposition politique
Le Sénégal, souvent cité comme l’une des démocraties les plus stables d’Afrique de l’Ouest, traverse une période de recomposition politique inédite. Bassirou Diomaye Faye, élu en mars 2024, a incarné une rupture générationnelle et un renouvellement politique. Cependant, la rupture avec Sonko, artisan de sa victoire, a fragilisé son assise parlementaire et complexifié la gouvernance du pays.
Les tensions actuelles rappellent d’autres périodes de crise institutionnelle, comme les débats constitutionnels sous la présidence de Macky Sall. Le Sénégal reste un partenaire stratégique dans la région, et les observateurs suivent avec attention l’évolution de ses institutions démocratiques.
Prochaines étapes et calendrier
Le Conseil constitutionnel devrait rendre son avis dans les prochaines semaines. Si la dissolution de l’Assemblée nationale intervient fin novembre comme prévu, le double scrutin pourrait se tenir au début de l’année 2027, redéfinissant ainsi les équilibres de pouvoir au Sénégal.