5 août 2026
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Le Gabon voit sa dette publique s’envoler et devrait culminer à 94,3 % du produit intérieur brut (PIB) d’ici 2027, selon les dernières prévisions budgétaires dévoilées à Libreville. Cette trajectoire, amorcée sous la présidence de transition avant d’être confirmée par le régime du général Brice Clotaire Oligui Nguema, place le pays au-delà des limites fixées par les critères de convergence de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), limités à 70 % du PIB.

Un endettement qui alerte les investisseurs internationaux

L’accélération de l’accumulation de la dette gabonaise contraste avec les promesses de rigueur budgétaire faites auprès des institutions financières internationales. Malgré des revenus pétroliers toujours significatifs et une hausse des cours du manganèse, dont le pays est l’un des premiers exportateurs mondiaux, l’État peine à dégager des marges suffisantes pour réduire son endettement. Le poids croissant du service de la dette dans le budget national limite considérablement les marges de manœuvre pour financer les infrastructures et les services publics essentiels.

Cette situation s’inscrit dans un contexte marqué par la suspension, en 2024, des versements du Fonds monétaire international (FMI) dans le cadre d’un accord élargi de crédit. Cette décision fait suite à des manquements en matière de gouvernance financière et à un dépassement des dépenses publiques. Privé d’un soutien actif du FMI, Libreville doit désormais se tourner vers le marché régional des titres publics et vers des financements bilatéraux, souvent plus onéreux que les prêts concessionnels.

Une politique de relance par la dépense publique aux effets contrastés

Depuis son arrivée au pouvoir en août 2023, après le renversement d’Ali Bongo Ondimba, le général Oligui Nguema a fait de la commande publique un outil central de légitimation politique. Les projets d’infrastructures routières, la rénovation d’équipements collectifs et les programmes de construction de logements ont été multipliés, avec une communication visant à marquer une rupture avec la gestion précédente. Pourtant, cette politique expansionniste a entraîné une aggravation du déficit primaire et une accumulation d’arriérés de paiement envers les prestataires de l’État.

Les projections officielles indiquent que la dette publique gabonaise passerait d’environ 73 % du PIB en 2024 à 94,3 % en 2027. Une telle progression, en seulement trois ans, révèle un recours accru à l’endettement plutôt qu’à une mobilisation accrue des recettes fiscales. Le taux de pression fiscale du Gabon, déjà faible pour un pays à revenu intermédiaire, reste un sujet de tension récurrent avec les partenaires techniques et financiers.

Les défis de la souveraineté budgétaire et de l’attractivité financière

Pour un pays comme le Gabon, qui emprunte sur les marchés internationaux via plusieurs eurobonds, la dégradation de sa notation souveraine devient un enjeu majeur. Les agences de notation ont déjà plusieurs fois ajusté leur évaluation du risque gabonais, en raison de l’incertitude entourant la trajectoire budgétaire et la capacité à refinancer ses dettes futures. Un dépassement durable du seuil de 90 % du PIB pourrait entraîner une hausse des coûts d’emprunt et une réduction du nombre d’investisseurs prêts à souscrire à ses émissions obligataires.

Dans la sous-région, la situation gabonaise est suivie de près par les membres de la CEMAC, qui craignent qu’un déséquilibre isolé ne fragilise la stabilité des réserves de change communes gérées par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC). Les autorités monétaires régionales ont d’ailleurs insisté à plusieurs reprises sur l’urgence d’un retour à des niveaux d’endettement maîtrisés, alors que le Tchad, le Congo-Brazzaville et le Cameroun affichent eux aussi des niveaux de dette élevés.

La crédibilité de la trajectoire annoncée reste un point d’interrogation. Le passage à un cadre constitutionnel civil, validé par le référendum de novembre 2024 et l’élection présidentielle d’avril 2025, pourrait théoriquement ouvrir la voie à un rétablissement des programmes de coopération financière. Cependant, cela nécessitera que l’exécutif gabonais associe ses ambitions infrastructurelles à un plan concret de redressement fiscal, sous peine de voir la dette publique devenir, à moyen terme, un facteur de fragilité structurelle pour l’économie nationale.