
Moody’s a confirmé ce vendredi une nouvelle dégradation de la note souveraine du Sénégal, la ramenant à Caa2, contre Caa1 auparavant. Cette décision, qui concerne aussi bien les notations à long terme en devises étrangères et locales que les notes senior non garanties, s’accompagne d’une perspective maintenue à « négative ». Une évaluation qui intervient alors que les négociations avec le FMI à Dakar restent au point mort, un programme de financement ayant été suspendu en raison du refus du gouvernement de procéder à une restructuration.
La note Caa2 place le Sénégal dans la catégorie des pays considérés comme très spéculatifs. Une perception partagée par Oxford Economics dans une analyse publiée en juin 2026, soulignant que les spreads souverains sénégalais avaient atteint des niveaux comparables à ceux du Venezuela ou du Liban, deux pays associés à des défauts de paiement historiques. Cette perte de confiance des marchés se traduit par des pertes significatives : entre septembre et décembre 2025, les Eurobonds sénégalais ont chuté de près de 20 %, tandis que les spreads de rendement ont doublé, passant de 800 à 1 500 points de base. L’Eurobond à échéance 2048 s’échangeait alors à 51 centimes pour un euro, soit une décote de 49 %, tandis que celui de 2028 affichait une décote supérieure à 30 %.
Sur le plan budgétaire, la pression est forte. Le pays doit faire face à des besoins de financement bruts représentant environ 25 % du PIB, avec un remboursement annuel du principal équivalent à 18 % du PIB. Les paiements d’intérêts, quant à eux, ont explosé, passant de 16,1 % à 23,7 % des recettes de l’État entre 2023 et 2026. La dette publique, incluant les entreprises publiques, est estimée à près de 108 % du PIB, un chiffre qui contraste avec l’estimation du FMI, qui la situe à 132 % du PIB fin 2024 après la révélation d’une partie de la « dette cachée » sous l’administration précédente. Les tensions se manifestent aussi sur le marché régional : lors des adjudications UEMOA de décembre 2025, seulement 35 milliards de FCFA ont été levés sur les 95 milliards proposés, avec un rendement moyen en hausse de 158 points de base en un mois, signe d’un essoufflement même des mécanismes de solidarité régionale.
Les échéances concrètes illustrent l’urgence de la situation. En mars 2026, l’État a dû mobiliser près de 485 millions de dollars, dont 394 millions de principal, pour honorer une tranche d’un Eurobond de 2,2 milliards de dollars émis en 2018. Une opération rendue nécessaire par l’impossibilité d’accéder directement aux marchés internationaux, dans un contexte où le FMI a gelé un prêt de 1,8 milliard de dollars après le refus de restructuration. Ces tensions devraient s’aggraver en 2026, année identifiée par la Banque mondiale comme un pic de remboursements pour l’Afrique subsaharienne, rendant le refinancement des dettes encore plus coûteux.
Des plafonds pays abaissés : l’impact des tensions institutionnelles
Moody’s a également réduit les plafonds pays du Sénégal, de Ba3 à B1 pour la monnaie locale et de B1 à B2 pour les devises étrangères. L’agence justifie cette décision par l’instabilité politique récente, notamment le limogeage de l’ancien Premier ministre Ousmane Sonko et son élection à la présidence de l’Assemblée nationale, qui ont exacerbé les tensions entre l’exécutif et le législatif. Une situation perçue comme un risque supplémentaire pour la mise en œuvre des réformes budgétaires.
Pourtant, un élément structurel joue en faveur du Sénégal : son appartenance à l’UEMOA. L’arrimage du franc CFA à l’euro et des réserves de change régionales d’environ 38 milliards de dollars fin mai 2026 limitent les risques de crise de change. Cependant, la pression sur les finances publiques reste intacte, faisant de cette dégradation la troisième en moins d’un an. Après un premier abaissement de B3 à Caa1 en octobre 2025, suivi d’une dégradation similaire par S&P en début d’année, le Sénégal aborde les dernières négociations avec le FMI dans un climat bien plus tendu qu’il y a quelques mois.





