
Déclaration de patrimoine au Sénégal : vers une approbation populaire ?
L’Assemblée nationale sénégalaise a franchi une étape décisive en adoptant une loi renforçant les obligations de déclaration de patrimoine pour les plus hauts responsables de l’État. Mais cette avancée législative, saluée par certains, se heurte à une nouvelle étape : le référendum. Une décision qui relance les débats sur la transparence et la gestion des ressources publiques.
Une loi historique pour la transparence
Le parlement sénégalais a adopté à une large majorité, avec 133 voix sur 165, un texte renforçant les règles de déclaration de patrimoine. Désormais, le président de la République, le Premier ministre et le président de l’Assemblée nationale devront non seulement déclarer leurs avoirs en début de mandat, mais aussi à son terme, dans les trois mois suivant la fin de leurs fonctions. Cette obligation, déjà inscrite dans la Constitution depuis 2001, voit son application concrétisée.
Le parti au pouvoir, le Pastef, se félicite de cette avancée. Ansoumana Sambou, membre du Secrétariat national à la communication, souligne l’importance de cette mesure pour limiter les dérives :
« Cette loi va dans le sens d’une transparence accrue, conformément aux valeurs du Pastef. Permettre aux citoyens de connaître les biens de leurs dirigeants, c’est un moyen efficace de lutter contre l’enrichissement illicite et le gaspillage des deniers publics.«
Référendum : une étape controversée
Malgré l’adoption du texte, le parcours législatif n’est pas terminé. Le président de la République a décidé, conformément à l’article 103 de la Constitution, de soumettre cette réforme à l’approbation populaire via un référendum. Une décision qui surprend certains observateurs et acteurs politiques.
Le ministre de la Justice, Moussa Sarr, justifie ce choix en insistant sur la nécessité d’intégrer cette réforme dans une réflexion plus large sur la Constitution. Pourtant, cette initiative suscite des interrogations sur son utilité, alors que le texte a déjà été voté par les députés.
L’analyste Moussa Diaw s’interroge :
« Pourquoi soumettre à référendum une loi déjà adoptée par l’Assemblée nationale, surtout dans un contexte économique difficile ? Le coût d’un référendum est élevé, et les priorités du Sénégal ne devraient-elles pas être ailleurs ? »
Pour le Pastef, le soutien populaire à cette mesure est acquis. Ansoumana Sambou précise :
« Aucune controverse n’entoure ce texte. Les Sénégalais sont favorables à la déclaration de patrimoine, que ce soit à l’entrée ou à la sortie d’une fonction publique. C’est une évidence pour eux. »
Un nouveau bras de fer politique
La réforme de la déclaration de patrimoine devient ainsi un enjeu politique majeur. Le Pastef, mené par Ousmane Sonko, et la mouvance présidentielle de Bassirou Diomaye Faye s’affrontent sur l’interprétation de cette loi et sa mise en œuvre. Les prochains débats, notamment sur les crédits spéciaux et leur gestion, promettent d’être intenses.
Alors que le référendum approche, les Sénégalais devront se prononcer sur une question simple en apparence : faut-il renforcer la transparence des dirigeants ? Mais derrière cette simplicité se cache une réalité complexe, où se mêlent enjeux politiques, économiques et sociaux.





