Le président Bassirou Diomaye Faye remplace le Premier ministre Ousmane Sonko
Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a décidé vendredi soir de se séparer de son Premier ministre Ousmane Sonko, figure centrale du pouvoir depuis l’avènement du nouveau gouvernement en avril 2024. Cette décision survient après des mois de tensions croissantes entre les deux hommes, autrefois alliés indéfectibles portés par un mouvement populaire historique.
Dans un communiqué diffusé par Oumar Samba Ba, secrétaire général de la présidence, le chef de l’État a annoncé avoir mis fin aux fonctions d’Ousmane Sonko, Premier ministre, ainsi qu’à celles de l’ensemble de son gouvernement. Les membres de l’exécutif sortant sont désormais chargés de gérer les affaires courantes jusqu’à la formation d’une nouvelle équipe.
Aucune précision n’a été apportée concernant la désignation d’un successeur à la tête du gouvernement. Cette décision marque un tournant dans la jeune présidence de Bassirou Diomaye Faye, dont les relations avec son ancien mentor politique se sont détériorées au fil des mois.
Des origines politiques communes à une rupture annoncée
Ousmane Sonko, opposant historique au président Macky Sall (2012-2024), avait vu sa candidature à l’élection présidentielle de 2024 bloquée par une condamnation pour diffamation, le privant de ses droits civiques. C’est alors que Bassirou Diomaye Faye, son ancien collaborateur, avait pris sa relève dans la course électorale.
Leur alliance, scellée sous le slogan « Diomaye Moy Sonko » (« Diomaye, c’est Sonko » en wolof), avait mobilisé la jeunesse sénégalaise en quête de changement. Ousmane Sonko, porteur d’un discours panafricaniste, avait su cristalliser les espoirs d’une génération face à un pouvoir perçu comme déconnecté.
Cependant, dès leur arrivée au pouvoir, les divergences entre les deux hommes se sont multipliées, alimentées par des ambitions personnelles et des stratégies politiques divergentes. Bassirou Diomaye Faye a récemment critiqué la « personnalisation excessive » de l’action gouvernementale par son Premier ministre au sein du parti au pouvoir, le PASTEF.
Un contexte politique et social explosif
La décision présidentielle intervient dans un climat de crise économique et de mouvements sociaux. Le Sénégal hérite d’une dette publique équivalente à 132 % du PIB, selon le FMI, ce qui en fait l’un des pays les plus endettés d’Afrique subsaharienne. Le nouveau gouvernement a accusé l’administration sortante d’avoir minimisé l’ampleur de cette situation, entraînant la suspension d’un programme d’aide de 1,8 milliard de dollars.
Par ailleurs, Ousmane Sonko s’est illustré ces dernières semaines par des prises de position clivantes, notamment lors d’une intervention au Parlement où il a dénoncé une « tyrannie de l’Occident » cherchant à imposer, selon lui, l’homosexualité au monde. Ces déclarations interviennent quelques semaines après l’adoption d’une loi anti-LGBT+ alourdissant les peines en la matière dans un pays majoritairement musulman.
Réactions et enjeux pour l’avenir
Dès l’annonce de son limogeage, Ousmane Sonko a réagi sur les réseaux sociaux avec une certaine satisfaction : « Ce soir, je dormirai le cœur léger à Keur Gorgui », a-t-il écrit, faisant référence à son quartier dakarois. Des centaines de ses partisans se sont rapidement rassemblés devant sa résidence pour le soutenir, témoignant de son influence intacte auprès d’une partie de la population.
Son parti, le PASTEF, domine largement l’Assemblée nationale depuis les législatives de novembre 2024, où il a remporté une victoire écrasante. Une réforme du code électoral, adoptée récemment, ouvre même la voie à une candidature d’Ousmane Sonko à la présidentielle de 2029, malgré les débats sur son éligibilité après le rejet de son recours par la Cour suprême en juillet 2025.
Pour sa part, Bassirou Diomaye Faye, dont la popularité reste inférieure à celle de son ancien Premier ministre, pourrait se repositionner en vue du scrutin de 2029 grâce au mouvement « Diomaye Président » qui émerge progressivement. Les prochaines échéances électorales locales, prévues en 2027, s’annoncent décisives pour l’équilibre des forces politiques au Sénégal.