9 juin 2026
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Depuis novembre 2021, l’État camerounais réalise des économies annuelles d’environ 12 milliards de Fefa grâce à la révision systématique des pensions d’invalidité et de réversion. Ce résultat, dévoilé par le ministre des Finances Louis Paul Motaze, reflète les dysfonctionnements persistants au sein du fichier solde national. Cette initiative s’inscrit dans une démarche globale visant à éliminer les versements injustifiés de rémunérations, pensions et allocations à des bénéficiaires non éligibles.

Des irrégularités majeures dans le fichier des pensions

L’origine de cette opération remonte à janvier 2020, lorsque le ministère des Finances a identifié 7 855 anciens fonctionnaires perçus comme indûment bénéficiaires de pensions de réversion ou d’invalidité. Les documents justificatifs de ces dossiers étaient introuvables, déclenchant ainsi une vaste campagne de vérification et de croisement des données administratives.

Les pensions d’invalidité, destinées aux agents reconnus inaptes médicalement, et les pensions de réversion, attribuées aux ayants droit d’un défunt fonctionnaire, sont des dispositifs légitimes. Cependant, leur gestion devient vulnérable aux fraudes lorsque les registres de l’état civil et le fichier solde ne sont pas rigoureusement mis à jour.

La procédure de purge mise en place consiste à valider les pièces justificatives, confirmer l’existence réelle des bénéficiaires et exclure du système les ayants droit fictifs ou décédés non déclarés. Chaque suppression génère une réduction immédiate des dépenses publiques.

Un plan d’assainissement budgétaire aux multiples facettes

Cette opération s’ajoute à d’autres mesures d’envergure menées par les autorités camerounaises. Depuis 2018, le gouvernement a lancé le Comptage physique des personnels de l’État (Coppe), une campagne de recensement sur le terrain pour identifier et supprimer les agents fictifs des registres administratifs. Selon les estimations officielles, cette initiative génère environ 30 milliards de Fefa d’économies annuelles, soit près de trois fois le montant issu du contrôle des pensions.

Le ministre Louis Paul Motaze a également lancé un audit des allocations familiales versées au personnel de l’État. L’objectif reste le même : détecter les versements irréguliers et restreindre les bénéficiaires aux seuls ayants droit légitimes. À mesure que ces réformes se concrétisent, le fichier solde gagne en précision, un préalable indispensable pour assurer une gestion budgétaire fiable.

Au-delà de la lutte contre la fraude, ces mesures visent à optimiser la masse salariale et les dépenses de retraite, deux postes budgétaires particulièrement rigides. Les marges dégagées offrent au gouvernement des marges de manœuvre accrues pour financer des investissements publics ou réduire son endettement, dans un contexte où les équilibres financiers sont sous haute surveillance.

Un équilibre fragile entre économies et enjeux sociaux

Le calendrier de ces réformes n’est pas anodin. Le Cameroun fait face à une pression accrue sur ses finances publiques, marquée par une demande sociale croissante, des recettes pétrolières volatiles et un fardeau de la dette qui s’alourdit. La rationalisation des dépenses devient une nécessité pour préserver la stabilité macroéconomique et honorer les engagements envers les partenaires internationaux.

Cependant, ces opérations soulèvent des défis humains et juridiques. Le retrait de pensions, même irrégulières, peut entraîner des litiges et des situations complexes lorsque les bénéficiaires contestent leur exclusion ou peinent à fournir les documents manquants. La sécurisation juridique du fichier solde et la rigueur des contrôles constituent donc un volet essentiel de cette réforme.

Les économies déjà réalisées laissent entrevoir un potentiel encore inexploité. En combinant le Coppe, le contrôle des pensions et l’audit des allocations familiales, les autorités camerounaises pourraient atteindre, à terme, plusieurs dizaines de milliards de Fefa d’économies récurrentes. Leur pérennité dépendra cependant de leur capacité à résister aux pressions politiques et clientélistes.