28 avril 2026
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La CADHP appelle le Burkina Faso à renforcer la protection des droits fondamentaux

La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) a un rôle clé à jouer dans l’évaluation des engagements du Burkina Faso en matière de respect des droits humains. Lors de sa prochaine session, prévue en 2024, elle devra mettre en lumière les défis majeurs auxquels le pays fait face, notamment la protection des civils, la préservation de l’espace civique et la lutte contre l’impunité. Ces enjeux sont cruciaux pour un pays engagé dans un conflit armé depuis 2016.

Les lacunes du rapport du Burkina Faso sur les droits humains

Chaque État membre de l’Union africaine doit soumettre régulièrement un rapport sur l’application de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Le dernier document présenté par le Burkina Faso en 2023, couvrant la période 2015-2021, omet des problématiques essentielles liées au conflit en cours. Parmi celles-ci figurent :

  • Les violations massives des droits humains commises par les forces de sécurité et les groupes armés islamistes ;
  • Les restrictions croissantes des libertés fondamentales, notamment pour les journalistes, les activistes et l’opposition politique ;
  • L’impunité généralisée pour les auteurs de ces exactions.

Des abus documentés et une impunité persistante

Les forces de sécurité burkinabè sont accusées d’avoir commis des crimes contre l’humanité, incluant des exécutions sommaires, des disparitions forcées et des violences ciblées contre des civils suspectés de collaboration avec des groupes armés. Ces actes, largement documentés par des organisations de défense des droits humains, soulèvent des questions sur le respect du droit international humanitaire.

De leur côté, les groupes armés islamistes, comme le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) et l’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS), continuent de terroriser les populations locales par des enlèvements, des violences sexuelles et des pillages. Ces groupes maintiennent sous leur emprise de nombreuses zones rurales, aggravant la crise humanitaire.

Les appels de la CADHP et l’absence de justice

En 2023, la CADHP a publié des communiqués après deux massacres présumés de civils par les forces de sécurité, exigeant des enquêtes transparentes et la protection des populations. Pourtant, le gouvernement burkinabè n’a pas progressé dans la poursuite judiciaire des responsables de ces crimes. Le rapport de 2023 ne mentionne aucune enquête sur les abus attribués aux forces de sécurité, ni sur les éventuelles sanctions.

La répression des voix dissidentes par la junte militaire

Depuis les coups d’État de 2022, les autorités burkinabè ont intensifié la répression contre les défenseurs des droits humains, les journalistes, les membres de l’opposition et les critiques du régime. Parmi les méthodes utilisées :

  • La conscription illégale pour punir les opposants ;
  • Les enlèvements et disparitions forcées ;
  • Les harcèlements judiciaires et les intimidations.

En décembre 2023, la CADHP a exprimé sa préoccupation concernant l’enlèvement de l’activiste Daouda Diallo, tandis qu’en juillet 2024, elle a dénoncé la disparition de trois journalistes, sans obtenir de réponse des autorités.

Des recommandations urgentes pour la CADHP

Allan Ngari, directeur du plaidoyer pour l’Afrique à Human Rights Watch, insiste sur la nécessité pour la CADHP de :

  • Mettre l’accent sur la protection des civils lors des opérations militaires ;
  • Exiger l’application du droit international humanitaire ;
  • Garantir la reddition des comptes pour les abus commis par toutes les parties ;
  • Protéger les activistes, journalistes et opposants politiques ;
  • Envisager une visite officielle au Burkina Faso pour évaluer la situation sur place.

La CADHP dispose d’une occasion unique de dialoguer avec les autorités burkinabè et de les inciter à respecter leurs obligations en matière de droits humains. Sans une réponse concrète, la population civile continuera de payer le prix d’un conflit marqué par l’impunité et la violence.