26 mai 2026
9ab38e7b-7805-4cac-96e2-caeec729ad5f

Les deux pays d’Afrique de l’Ouest, Bénin et Niger, semblent enterrer la hache de guerre. La visite d’une délégation nigérienne de haut niveau, conduite par le Premier ministre, lors de l’investiture du nouveau président béninois à Cotonou, marque un tournant dans leurs relations diplomatiques. Cette initiative intervient après une période de tensions prolongées, déclenchée par le coup d’État au Niger en juillet 2023, qui avait entraîné des répercussions économiques majeures pour les deux nations.

Un geste fort de Niamey vers Cotonou

L’envoi du chef du gouvernement nigérien à la cérémonie d’investiture à Cotonou n’est pas un simple protocole. Depuis le putsch ayant placé le général Abdourahamane Tiani à la tête du pays, Niamey accusait régulièrement le Bénin d’héberger des bases militaires françaises, une allégation utilisée pour justifier des mesures restrictives. Malgré les efforts de médiation de l’ancien président Patrice Talon, aucune avancée concrète n’avait été enregistrée. L’arrivée d’un nouveau dirigeant à Cotonou offre désormais une opportunité unique pour rétablir un dialogue constructif.

Le choix d’envoyer le Premier ministre nigérien, et non un simple représentant diplomatique, souligne l’importance accordée à cette réconciliation. Dans le contexte géopolitique ouest-africain, cette démarche s’inscrit dans une stratégie de repositionnement après le départ du Niger, du Mali et du Burkina Faso de la CEDEAO, et la création de l’Alliance des États du Sahel. Niamey cherche ainsi à renforcer ses alliances économiques et politiques sur la façade atlantique.

Le pétrole, un dossier économique clé

Au-delà des considérations politiques, c’est un enjeu économique crucial qui motive ce rapprochement. L’oléoduc reliant les champs pétrolifères d’Agadem, exploités par la China National Petroleum Corporation (CNPC), au terminal de Sèmè-Kpodji sur le littoral béninois, représente la principale infrastructure d’exportation des hydrocarbures nigériens. Avec une capacité de transport de près de 90 000 barils par jour, cet ouvrage devait significativement booster les recettes budgétaires du Niger.

Cependant, la fermeture de la frontière par Cotonou, en réponse aux sanctions imposées par la CEDEAO, ainsi que des désaccords sur les autorisations de chargement, ont paralysé les échanges. Plusieurs incidents, dont l’arrestation de citoyens nigériens accusés de pénétration illégale sur le site pétrolier, ont exacerbé les tensions au printemps 2024. Pour Niamey, dont les finances publiques dépendent désormais largement de cette ressource, la normalisation des relations avec son voisin méridional devient une priorité absolue.

Une dynamique régionale en mouvement

Ce dégel bilatéral s’inscrit dans un contexte plus large de recomposition des alliances en Afrique de l’Ouest. Les États côtiers, comme le Bénin, doivent désormais naviguer entre leur allégeance à la CEDEAO et la nécessité économique de maintenir des échanges avec les régimes sahéliens. Certains pays, comme le Togo, ont déjà opté pour une approche pragmatique. Cotonou, avec son nouveau leadership, pourrait emprunter une voie similaire en séparant les divergences politiques des collaborations pratiques.

La dimension sécuritaire ne sera pas en reste. Les zones frontalières, notamment les parcs nationaux du W et de la Pendjari, sont devenues des zones de repli pour les groupes armés affiliés à l’État islamique au Grand Sahara et au Jama’at Nasr al-Islam wal-Muslimin. Une coordination minimale entre les forces armées des deux pays est indispensable pour endiguer cette menace. La question se pose désormais : le nouvel exécutif béninois sera-t-il prêt à relancer un dialogue sécuritaire interrompu depuis plus de deux ans ?

Les prochains mois seront déterminants pour évaluer si cette ouverture diplomatique se concrétise par des actions tangibles : levée complète des restrictions frontalières, reprise des exportations pétrolières, rétablissement de relations diplomatiques complètes. Les acteurs économiques des deux pays, après deux années d’incertitude préjudiciable, attendent des signes forts. La délégation nigérienne venue à Cotonou a clairement affiché son intention de s’engager dans ce processus de réconciliation.