13 juin 2026
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Auguste Miremont

Auguste Miremont : l’héritage politique d’Houphouët-Boigny vu par un ancien ministre

Auguste Miremont, premier ministre de la Communication de Côte d’Ivoire entre 1989 et 1993 et figure historique des médias ivoiriens en tant qu’ancien directeur général de Fraternité Matin, a marqué l’histoire politique de son pays. À 85 ans, ce témoin privilégié des décennies de vie nationale partage aujourd’hui ses réflexions à travers un ouvrage retraçant son parcours, de l’ère Houphouët-Boigny à celle d’Alassane Ouattara.

Un livre pour transmettre, pas pour se glorifier

Auguste Miremont a longtemps résisté à l’idée d’écrire ses mémoires. C’est Michel Koffi, l’auteur de « Auguste Miremont, d’Houphouët à Ouattara, en toute liberté… », qui a su le convaincre que ce projet relevait davantage de la transmission que de l’exercice personnel. Le titre de l’ouvrage, choisi avec soin, reflète cette intention : offrir aux générations futures un témoignage sur un demi-siècle d’histoire ivoirienne.

Les échanges entre l’ancien ministre et l’auteur, s’étalant sur 30 heures d’entretiens et 18 mois de travail, ont permis de couvrir des sujets variés : les crises sous Houphouët-Boigny, la succession entre Bédié et Ouattara, les enjeux économiques ou encore le développement local. « Nous avons abordé beaucoup de choses, sans thème central », confie Auguste Miremont.

Le parcours politique de la Côte d’Ivoire : entre stabilité et crises

Pour Auguste Miremont, l’histoire politique de la Côte d’Ivoire n’a jamais été un long fleuve tranquille. Sous Houphouët-Boigny, le pays a connu une stabilité remarquable, malgré des crises internes et des tensions sociales. Le génie politique du Président Houphouët résidait dans sa capacité à écouter, temporiser et apaiser les conflits au bon moment. Après lui, les transitions entre Bédié et Ouattara ont été plus complexes, notamment en raison de tensions liées à la succession.

Les années douloureuses : le coup d’État de 1999 et ses conséquences

Sans hésiter, Auguste Miremont désigne les années de rupture institutionnelle comme les plus douloureuses de sa carrière. Le coup d’État contre le Président Bédié en 1999 l’a profondément affecté. « Voir le pays basculer de cette manière était aberrant », confie-t-il. Son chagrin s’est amplifié avec les violences qui ont suivi, notamment la mort de Robert Guéï et d’Emile Boga Doudou, deux personnalités qu’il côtoyait lors de négociations parlementaires. « J’ai pleuré à l’aéroport en apprenant cette nouvelle », se souvient-il.

Ces événements ont ébranlé l’image de la Côte d’Ivoire, autrefois perçue comme un modèle de stabilité en Afrique de l’Ouest. « Nous étions regardés comme un pays respecté, capable d’aider les autres, et soudain, nous devenions un sujet d’inquiétude pour la presse internationale », déplore-t-il.

Les rapports avec Houphouët-Boigny : respect et franchise

Auguste Miremont n’a jamais fait partie de l’intimité du Président Houphouët-Boigny, mais en tant que ministre de la Communication et responsable de Fraternité Matin, il le côtoyait quotidiennement. « Il avait un profond respect pour moi, car je n’ai jamais été à la soupe et je me permettais de dire ce que je pensais », explique-t-il. Une anecdote marquant ses relations avec l’ancien Président : Houphouët-Boigny l’appelait « De Miremont », une formule qui reflétait selon lui son sens de l’histoire et de ceux qui y contribuaient.

Des relations cordiales avec Bédié et Gbagbo

Avec le Président Bédié, Auguste Miremont entretenait d’excellents rapports, notamment en tant que président de son groupe parlementaire. « Nos liens étaient renforcés par notre proximité avec Laurent Dona Fologo », précise-t-il. La disparition de Bédié l’a beaucoup affecté.

Quant au Président Gbagbo, leurs relations ont évolué de la connaissance mutuelle à l’amitié. Auguste Miremont a contribué à des négociations entre le gouvernement et le FPI pour un consensus politique, visant à soutenir la politique économique du pays. « Si ces accords avaient abouti, nous aurions eu un gouvernement d’union nationale », regrette-t-il. Gbagbo l’a également aidé financièrement à un moment donné, un geste dont il lui est reconnaissant.

Ouattara, l’héritier politique d’Houphouët-Boigny

Interrogé sur le Président Alassane Ouattara, Auguste Miremont estime qu’il est celui qui a le plus intégré la pensée et la philosophie d’Houphouët-Boigny. « Il a appris le doigté, la patience, l’écoute et la réactivité », souligne-t-il. Cependant, il lui reproche un manque de fermeté envers ses collaborateurs, une attitude qu’il justifie par l’expérience et l’âge. « Quand il était Premier ministre, il ne laissait rien passer. Aujourd’hui, il est plus mesuré, plus clément. »

Auguste Miremont évoque également la confiance, la fidélité et la loyauté qui ont marqué ses relations avec Ouattara, tant en tant que Premier ministre qu’en tant que Président. « Il a traversé des épreuves devant lesquelles beaucoup auraient abandonné, mais il a été tenace et a relevé tous ses défis », déclare-t-il. Il souligne aussi sa courtoisie et son attention aux problèmes personnels de ses collaborateurs.

Un regard sur l’avenir de la Côte d’Ivoire

À l’approche de la fin de son mandat, Auguste Miremont considère qu’il est trop tôt pour évoquer une « sortie » politique pour Ouattara. « Il tient encore bien la barre et il ne semble pas qu’une porte de sortie ait été entrouverte. Il vient à peine de commencer son nouveau mandat, il faut lui laisser le temps de le terminer », explique-t-il. Il salue les réalisations du gouvernement, notamment dans les domaines de la santé, de l’éducation et des infrastructures, comme le boulevard de Daloa ou les routes reliant Bin-Houyé à Toulépleu.

Cependant, il reconnaît que tout n’est pas parfait. « Il y a du bon et du mauvais. Il faut être équilibré dans l’analyse. » Il souligne les progrès économiques, mais aussi les défis sociaux, comme la cherté de la vie et la pauvreté. « Le gouvernement en est conscient et a mis en place des dispositifs d’accompagnement, comme les filets sociaux ou les programmes de réinsertion », se félicite-t-il.