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Au Burkina Faso, les milliards de l’investissement public qui n’arrivent jamais aux citoyens : le choc des réalités

Seulement 37 % des projets d’investissement public au Burkina Faso aboutissent à leur terme. Derrière ce chiffre alarmant se cachent des milliards de francs CFA engagés pour construire des routes, des écoles ou des réseaux d’eau, qui disparaissent avant même d’avoir transformé le quotidien des burkinabè. L’impact direct sur l’économie locale et les populations est dévastateur : retards économiques, services publics défaillants et perte de confiance dans les institutions. Mais comment expliquer cette hémorragie financière, et surtout, quelles en sont les conséquences concrètes pour les citoyens et les acteurs économiques ?

L’argent mobilisé, mais jamais concrétisé : le paradoxe qui pénalise le Burkina Faso

Depuis 2021, le Burkina Faso a multiplié les efforts pour moderniser ses procédures administratives et augmenter ses enveloppes budgétaires. Pourtant, moins de deux projets sur cinq parviennent à voir le jour. Selon les dernières évaluations, les fonds alloués peinent à se matérialiser en infrastructures tangibles. Ce décalage entre les promesses et la réalité plonge le pays dans un cercle vicieux : des ressources financières mobilisées, mais un développement qui stagne.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : sur les 100 milliards de francs CFA prévus pour des projets phares comme des hôpitaux ou des axes routiers majeurs, seuls 37 milliards sont effectivement utilisés. Le reste ? Il s’évapore dans un labyrinthe de dysfonctionnements, laissant derrière lui des promesses non tenues et des citoyens frustrés.

Les quatre pièges qui asphyxient les investissements publics

L’analyse des mécanismes en jeu révèle quatre gouffres majeurs où se perdent ces milliards. Ces obstacles ne relèvent pas d’un manque de fonds, mais d’un dysfonctionnement systémique qui bloque la chaîne de valeur de l’investissement public.

1. Les études bâclées : des devis explosifs et des chantiers arrêtés avant même de commencer

Une part importante des projets inscrits au budget est lancée sans analyse de faisabilité solide. Résultat : des coûts sous-estimés, des sites inadaptés, ou des priorités mal définies. Dès les premières phases, les imprévus surgissent, les budgets gonflent démesurément, et les travaux s’interrompent avant d’avoir produit le moindre ouvrage. Des millions sont engloutis dans des études inutiles ou des chantiers abandonnés en l’état.

2. La machine administrative grippée : retards de paiement et asphyxie des entreprises locales

Le parcours des marchés publics ressemble trop souvent à un parcours du combattant. Entre les lenteurs administratives pour attribuer les contrats et les retards de paiement de l’État, les entreprises locales du BTP étouffent. Privées de trésorerie, elles se retrouvent dans l’incapacité de poursuivre leurs travaux. Les chantiers s’enlisent, les coûts explosent, et les promesses s’effondrent.

3> L’abandon post-livraison : des infrastructures neuves livrées à leur déclin prématuré

Même quand un projet parvient jusqu’à sa livraison, il est encore loin d’être fonctionnel. Faute de budgets alloués à la maintenance, les routes neuves se dégradent au premier hivernage, les écoles tombent en ruine faute d’entretien, et les réseaux d’eau potable se bouchent. Un investissement initial gaspillé, car aucune provision n’est faite pour pérenniser les ouvrages.

4. Le décalage entre la loi et la réalité : quand la transparence reste une façade

Le Burkina Faso a mis en place des cadres juridiques modernes pour rassurer ses partenaires internationaux. Pourtant, l’application de ces règles sur le terrain reste largement symbolique. Le suivi des projets, la traçabilité des fonds et la mesure des résultats sont souvent relégués au second plan. Résultat : une gestion publique qui donne l’illusion de l’efficacité, mais qui ne produit aucun changement concret.

Les partenariats public-privé : une solution miracles… à condition de réparer d’abord les fondations

Face à ce constat, les autorités envisagent de recourir davantage aux Partenariats Public-Privé (PPP) pour attirer des financements privés. L’idée est séduisante : externaliser une partie de la gestion des projets pour contourner les lourdeurs administratives. Mais ce modèle comporte des risques majeurs sans une réforme préalable des failles structurelles du système actuel.

Sans une capacité renforcée d’évaluation et de contrôle, l’État pourrait se retrouver prisonnier de garanties publiques coûteuses et de surcoûts imprévus. Les PPP ne sont pas une panacée, mais une solution parmi d’autres — à condition que les bases de la gestion publique soient solides.

Investir plus n’est pas la solution : réparer la chaîne de l’exécution publique est désormais une urgence

Avec un taux d’exécution physique bloqué à 37 %, augmenter les budgets sans corriger les dysfonctionnements actuels revient à jeter de l’argent par la fenêtre. La clé du développement ne réside plus dans le volume des fonds mobilisés, mais dans leur efficacité transformative.

Pour les burkinabè, la seule garantie de progrès tangible est la livraison effective d’ouvrages durables. Chaque franc engagé doit se matérialiser par une route praticable, une école fonctionnelle ou un accès à l’eau potable. Avant de mobiliser de nouvelles ressources, l’État doit réparer la chaîne de l’exécution publique — de la conception des projets à leur entretien, en passant par une transparence réelle et un suivi rigoureux. L’urgence n’est plus financière, mais structurelle.