24 juillet 2026
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Abidjan mise sur les minéraux critiques pour accélérer son développement

Lors d’une conférence ministérielle organisée à Abidjan, les pays africains producteurs de minéraux stratégiques et leurs partenaires ont acté une volonté commune : transformer ces ressources en leviers de croissance économique et sociale. L’accent a été mis sur l’industrialisation locale, le renforcement des chaînes de valeur régionales et la réorientation des flux financiers pour maximiser les bénéfices des richesses minières du continent.

La rencontre, qui s’est tenue en juillet, a regroupé des ministres africains des Mines, de l’Énergie et de l’Économie verte, ainsi que des représentants d’organisations panafricaines, de banques régionales et d’investisseurs internationaux. L’enjeu ? Permettre à l’Afrique de capitaliser pleinement sur ses immenses réserves de cobalt, lithium, terres rares et autres métaux essentiels à la transition énergétique mondiale.

Un nouveau pacte minier africain pour une souveraineté renforcée

La conférence a marqué un tournant dans la gestion des ressources naturelles du continent. Sidi Ould Tah, président de la Banque africaine de développement (BAD), a souligné la nécessité d’un changement radical : « Il s’agit d’opérer un basculement vers un modèle où l’Afrique maîtrise l’ensemble de la chaîne de valeur, de l’extraction à la transformation, afin que ses populations en tirent un profit direct. »

Parmi les pistes évoquées, la transformation locale des matières premières figure en tête des priorités. Le dirigeant a également pointé du doigt le manque d’efficacité des institutions financières africaines, dont le bilan cumulé ne représente qu’1 % du total mondial. Une refonte de leur financement et une recapitalisation massive s’imposent pour soutenir les projets miniers et industriels.

Pour lui, infrastructures adaptées et industries locales sont les piliers d’une exploitation minière plus rentable et durable. « Sans ces leviers, l’Afrique restera condamnée à exporter ses ressources à bas prix, privant sa jeunesse d’opportunités et de stabilité économique », a-t-il alerté.

La Côte d’Ivoire mise sur son sous-sol pour son avenir économique

Mamadou Sangafowa-Coulibaly, ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, a défendu l’idée d’une solidarité continentale renforcée pour tirer parti des ressources minières. « Aucun pays ne peut réussir seul. Nous devons bâtir des chaînes de valeur régionales intégrées, capables de répondre à la demande mondiale tout en créant des emplois locaux », a-t-il déclaré.

Le ministre a révélé que près de 75 % du territoire ivoirien recèlent des minéraux critiques, un potentiel colossal pour atteindre l’objectif fixé par le président Alassane Ouattara : faire de la Côte d’Ivoire une nation à revenu intermédiaire supérieur d’ici 2030. Pour y parvenir, Abidjan mise sur un plan ambitieux (2026-2040) évalué à 38 000 milliards de francs CFA, dont 88 % seraient financés par le secteur privé.

Un trésor minier africain de 29 500 milliards de dollars à exploiter

L’Afrique possède 30 % des réserves mondiales de minéraux stratégiques pour la transition verte : cobalt, lithium, graphite, terres rares, cuivre, manganèse et nickel. La valeur totale de ces ressources est estimée à près de 29 500 milliards de dollars — un montant équivalent à 20 % des réserves mondiales et huit fois le PIB annuel du continent. Pourtant, 8 600 milliards de dollars de ces richesses restent inexploités.

Parallèlement, la demande mondiale explose. D’ici 2040, les besoins en métaux du groupe du platine pourraient s’envoler de plus de 1 000 %, ceux en lithium de 842 % et en cuivre de 88 %. Une manne économique que l’Afrique ne peut se permettre de laisser filer sans contrôle.

Une transition énergétique mondiale à saisir

La révolution des véhicules électriques et des batteries pourrait générer une valeur ajoutée de 59 000 milliards de dollars d’ici 2050, contre 7 000 milliards en 2030. Pour l’Afrique, c’est une opportunité historique de rompre avec le modèle d’exportation brute et de s’imposer comme un acteur clé de l’industrie verte.

Les dirigeants réunis à Abidjan ont réaffirmé leur détermination à industrialiser le continent, créer des emplois qualifiés et assurer une prospérité durable. « Nous avons les ressources, la volonté et l’ambition. Il ne nous reste plus qu’à agir ensemble », a conclu un participant sous couvert d’anonymat.

Cette ambition pourrait bien redessiner l’avenir économique de l’Afrique, à condition de transformer ces promesses en actions concrètes.