15 juillet 2026
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« Une ressource naturelle doit servir la puissance d’un État, pas alimenter son instabilité ». Cette déclaration, prononcée à la tribune des Nations Unies, résume l’approche radicalement nouvelle adoptée par la République démocratique du Congo en matière de minerais critiques. Mardi 14 juillet 2026, Kinshasa a choisi de placer la question des ressources stratégiques au cœur des débats internationaux, transformant une problématique économique en enjeu géopolitique majeur.

La RDC réclame une refonte de la chaîne de valeur mondiale

Devant l’Assemblée générale des Nations Unies, la ministre d’État en charge des Affaires étrangères, de la Coopération internationale et de la Francophonie, Thérèse Kayikwamba Wagner, a porté un discours sans concession. Son objectif ? Faire basculer la RDC du statut de simple fournisseur de matières premières à celui d’acteur industriel incontournable dans la transition énergétique mondiale.

« L’enjeu n’est plus seulement de savoir d’où viennent les minerais, mais où se situe la valeur ajoutée qu’ils génèrent », a-t-elle martelé. Kinshasa refuse désormais d’être reléguée au rang de pourvoyeur de ressources brutes pour les industries étrangères. La République démocratique du Congo exige un partage équitable des bénéfices, condition sine qua non pour que sa souveraineté économique soit enfin reconnue.

Un plaidoyer pour la transformation locale et la souveraineté industrielle

Pour y parvenir, la RDC mise sur un quadruple levier :

  • Le transfert des technologies depuis les pays industrialisés vers Kinshasa ;
  • Le renforcement des infrastructures énergétiques et logistiques ;
  • La modernisation de l’exploitation artisanale pour en faire un secteur formel et productif ;
  • L’investissement massif dans la recherche et développement pour valoriser pleinement ses ressources.

    « Nous ne voulons plus être les oubliés de la transition énergétique », a déclaré la cheffe de la diplomatie congolaise. « La RDC peut et doit devenir le cœur battant de l’industrie africaine des minerais stratégiques, à condition que la communauté internationale accepte de repenser les règles du jeu. »

    Le Rwanda pointé du doigt pour son rôle dans l’exploitation illicite

    Au-delà des ambitions économiques, l’intervention congolaise a pris une tournure accusatrice. Thérèse Kayikwamba Wagner a directement interpellé le Rwanda devant l’Organisation mondiale, l’accusant de profiter de l’instabilité dans l’Est de la RDC pour s’enrichir illicitement.

    S’appuyant sur les travaux du Groupe d’experts des Nations Unies, elle a révélé que le coltan extrait illégalement dans la région de Rubaya – représentant près de 15 % de la demande mondiale – transitait massivement vers le Rwanda après la prise de contrôle de la zone par le mouvement M23, soutenu par Kigali. Selon les estimations, ce trafic génère chaque mois plus de 800 000 dollars au profit des groupes armés.

    Une situation d’autant plus préoccupante que, malgré ces éléments accablants, le Rwanda n’a fait l’objet d’aucune sanction internationale. Pour la RDC, cette absence de réaction illustre les lacunes criantes du système actuel dans la lutte contre le financement des conflits par l’exploitation illicite des ressources naturelles.

    Vers une gouvernance mondiale des minerais liée à la paix et à la sécurité

    Profitant de la présidence congolaise du Conseil de sécurité des Nations Unies, Thérèse Kayikwamba Wagner a annoncé que Kinshasa porterait désormais un projet de réforme ambitieux. Son ambition ? Créer un cadre international où la gestion des ressources naturelles serait directement liée à la prévention des conflits, à la stabilité régionale et au développement durable.

    « La traçabilité des minerais ne doit plus être un simple outil de contrôle, mais un mécanisme efficace pour éradiquer la fraude, la contrebande et le financement des groupes armés », a-t-elle souligné. Le gouvernement congolais plaide pour une responsabilité partagée entre tous les acteurs de la chaîne d’approvisionnement : pays producteurs, négociants, transformateurs, institutions financières, industriels et États consommateurs.

    Une offensive diplomatique aux répercussions régionales et mondiales

    Cette prise de position musclée de la RDC marque un tournant dans les relations internationales. Kinshasa ne se contente plus de défendre ses intérêts miniers : elle exige une refonte complète de la gouvernance mondiale des ressources stratégiques, au nom de la justice économique et de la stabilité géopolitique.

    En pointant du doigt le Rwanda et en liant minerais, paix et sécurité, la diplomatie congolaise place ses partenaires et adversaires face à leurs responsabilités. Une stratégie qui pourrait bien redessiner les équilibres en Afrique centrale et influencer durablement les débats sur la transition énergétique mondiale.

    logo de l'initiative pour la gouvernance des ressources naturelles