
Dans la province du Séno, au nord-est du Burkina Faso, une lutte fratricide entre groupes jihadistes a coûté la vie à un cadre de l’État islamique au Sahel (EIS). Contrairement aux annonces officielles, Abou Zeid Al-Burkinabi, figure majeure de l’EIS, n’a pas été neutralisé par les forces armées burkinabè, mais a été tué lors d’affrontements violents avec le JNIM, affilié à Al-Qaïda. Cet événement révèle l’ampleur des tensions internes qui déchirent la mouvance jihadiste régionale.
Un revers stratégique pour l’État islamique au Sahel
La disparition d’Abou Zeid Al-Burkinabi représente une perte majeure pour l’EIS, déjà sous pression militaire dans la zone des trois frontières (Burkina Faso, Mali, Niger). Originaire du Burkina Faso, ce chef terroriste s’était imposé comme un acteur clé, supervisant des attaques contre les forces de sécurité, des campagnes d’intimidation contre les civils et l’extorsion de ressources locales via la zakat forcée. Sa mort affaiblit davantage la chaîne de commandement du groupe, fragilisée par la concurrence acharnée du JNIM.
Les combats meurtriers se sont déroulés dans les localités de Bangao et Dorkoye, près de la frontière avec le Niger, un territoire historiquement instable. Les premiers récits relayés sur les réseaux sociaux avaient attribué sa neutralisation à une opération militaire, mais les faits confirment une victoire du JNIM.
Une guerre de propagande autour de sa disparition
Dès l’annonce de sa mort, une bataille de communication s’est engagée. Certains relais pro-gouvernementaux ont rapidement attribué sa neutralisation à une frappe aérienne ou à une embuscade des Forces de défense et de sécurité (FDS) burkinabè, soutenues par les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP). Cette stratégie vise à valoriser les succès militaires, mais les détails recueillis sur le terrain contredisent ces affirmations. L’armée burkinabè n’a pas été impliquée dans cet affrontement spécifique.
Les informations corroborées par des sources locales et sécuritaires confirment que Abou Zeid Al-Burkinabi a été éliminé lors de violents combats avec le JNIM, mettant en lumière les rivalités sanglantes entre les deux groupes jihadistes.
JNIM contre EIS : une haine idéologique et stratégique
Le conflit entre le JNIM, affilié à Al-Qaïda, et l’EIS ne date pas d’hier. Bien que partageant des objectifs communs, ces deux factions s’opposent sur trois plans majeurs :
- Doctrine opposée : Le JNIM privilégie une approche pragmatique, parfois en négociant avec des leaders locaux, tandis que l’EIS applique une doctrine takfiriste, marquée par des massacres de civils jugés « infidèles ».
- Lutte pour les ressources : Le contrôle des axes de contrebande, des mines d’or artisanales et des routes de transhumance est crucial. Les deux groupes se disputent ces zones stratégiques pour financer leurs activités.
- Violence historique : Depuis 2020, des affrontements d’une rare intensité ont opposé les deux factions au Mali et au Burkina Faso, impliquant des centaines de combattants et des armes lourdes.
L’affrontement du 17 août illustre cette guerre intestine, où la haine entre les deux groupes dépasse de loin leur opposition aux États de la région.
Conséquences pour la sécurité au Sahel
La mort d’Abou Zeid Al-Burkinabi pourrait temporairement avantager le JNIM, qui cherche à étendre son influence dans le Séno. Cependant, cette victoire ne signifie pas une amélioration de la sécurité pour les populations civiles. Les représailles croisées et l’insécurité permanente restent des réalités quotidiennes pour les habitants.
Pour les acteurs régionaux, cette dynamique intra-jihadiste est un facteur clé pour comprendre l’évolution de la crise sécuritaire au Burkina Faso. La défaite d’un groupe profite souvent à un autre, tout aussi dangereux, rappelant que la lutte contre le terrorisme ne peut ignorer ces fractures internes.





