Depuis quelques mois, les propos du président tchadien, qui attribue à Allah les dérives de son régime tout en invoquant la piété pour contrôler les citoyens, semblent sonner comme une provocation face aux épreuves endurées par la population. Pourtant, au Tchad, la foi constitue un rempart essentiel pour une grande partie des Tchadiens face aux difficultés accumulées.
Cependant, lorsque cette spiritualité est instrumentalisée pour dissimuler les dysfonctionnements d’un système politique défaillant, il devient urgent de rappeler aux dirigeants une vérité fondamentale : la gouvernance ne se fonde pas sur la volonté divine. En effet, cette rhétorique répétée ne saurait occulter les lacunes criantes en matière de gestion économique, de transparence institutionnelle et de respect des droits fondamentaux.

Quand l’islam politique sert de paravent à un système à bout de souffle
La sincérité et la justice, valeurs cardinales de l’islam, imposent en politique un respect absolu de la volonté des citoyens. Pourtant, le scrutin présidentiel de mai 2024 a révélé une mascarade électorale orchestrée pour pérenniser un pouvoir contesté. Les contestations populaires, les irrégularités documentées et les rapports d’observateurs indépendants ont confirmé un processus truqué, conçu pour verrouiller la gouvernance. Cette farce démocratique s’est soldée par des victimes, victimes d’une victoire proclamée contre toute logique.
Pour que le discours sur la probité divine trouve un écho, il doit s’appuyer sur une transparence irréprochable dans la gestion des élections. Les prochains scrutins législatifs et locaux seront déterminants : sans refonte en profondeur de l’organe électoral et sans publication des résultats par bureau de vote, l’idée même de transition démocratique restera un leurre.
Népotisme et clientélisme : la corruption institutionnalisée
La crainte de Dieu devrait dissuader le favoritisme, le détournement et l’injustice. Pourtant, le régime actuel se distingue par une concentration alarmante des postes stratégiques au sein de l’État, des entreprises publiques et des forces de sécurité, fondée sur des liens personnels plutôt que sur le mérite. Les compétences sont sacrifiées au profit de l’appartenance régionale, clanique ou familiale. Le mérite républicain est systématiquement bafoué : les jeunes diplômés sans réseau se retrouvent exclus du marché du travail, tandis que les postes clés, notamment ceux gérant les ressources pétrolières et douanières, sont attribués comme des faveurs à des proches du pouvoir. Cette injustice structurelle alimente un profond ressentiment et menace la cohésion nationale.
Infrastructures en ruine : le résultat d’une gestion désastreuse, pas d’une fatalité
Prétendre que les privations quotidiennes relèvent d’une épreuve spirituelle relève du cynisme. Le Tchad traverse une crise sans précédent de ses services publics, directement imputable à l’incompétence des décideurs et non à une quelconque volonté divine.
À N’Djamena, l’électricité est devenue un luxe inaccessible. La centrale électrique récente s’est embrasée, plongeant la capitale dans une pénurie encore plus aiguë. Les coupures intempestives paralysent hôpitaux, écoles et commerces, transformant la vie quotidienne en parcours du combattant.
À Abéché, Sarh et Moundou, l’accès à l’eau potable reste un luxe malgré les ressources hydrauliques abondantes du pays. Les gestionnaires publics, incapables de fournir des services de base, laissent la population dans une précarité extrême. Pendant ce temps, les revenus du pétrole et de l’or sont systématiquement siphonnés au profit d’une minorité, privant le pays d’investissements vitaux.
Les Tchadiens n’aspirent plus à des discours moralisateurs ou à des promesses creuses. Ils exigent des institutions fiables, des services publics performants et une gouvernance transparente. Seule une amélioration tangible de leur quotidien pourra attester de la sincérité des dirigeants.