15 mai 2026

Souveraineté sanitaire au Niger : les réformes majeures du ministre Garba Hakimi

Dans le cadre d’un entretien marquant diffusé sur les ondes de la RTN, le Médecin Colonel-Major Garba Hakimi, Ministre de la Santé et de l’Hygiène Publique du Niger, a exposé une vision ambitieuse pour le système de santé nigérien. Son discours ne se contente pas de dresser un bilan : il trace une feuille de route claire vers une souveraineté sanitaire progressive, fondée sur l’autonomie locale, l’innovation technologique et la proximité des soins pour les populations.

De la gestion à la transformation : une nouvelle ère pour la santé au Niger

Depuis son entrée en fonction en août 2023, le ministère a recentré sa stratégie sur deux objectifs prioritaires : faciliter l’accès aux soins et réduire la dépendance aux importations. Cette approche ne se limite pas à une simple réorganisation administrative. Elle s’inscrit dans une volonté profonde de réinventer le système de santé nigérien en profondeur, en intégrant des dimensions jusqu’ici négligées, telles que la médecine traditionnelle ou la prévention par l’hygiène.

Les réformes engagées visent à renforcer la disponibilité des médicaments, élever la qualité des prestations et structurer un maillage sanitaire plus équilibré sur l’ensemble du territoire.


Le ministre Garba Hakimi lors de son intervention télévisée.

Un plateau technique national renforcé : l’exemple de la lutte contre le cancer

L’un des piliers de cette stratégie repose sur l’investissement massif dans les équipements médicaux de pointe. L’acquisition de scanners 64 barrettes, d’IRM et d’accélérateurs linéaires pour la radiothérapie marque un tournant décisif. Le Niger peut désormais proposer une prise en charge complète et locale des maladies comme le cancer, avec les trois piliers thérapeutiques essentiels : chirurgie, chimiothérapie et radiothérapie. Cette avancée réduit significativement le recours aux évacuations sanitaires vers l’étranger, souvent coûteuses et inégalitaires.

Autre exemple emblématique : la chirurgie cardiaque, désormais maîtrisée localement. Les coûts ont été divisés par cinq par rapport aux soins à l’étranger, marquant un changement de paradigme : le Niger soigne désormais chez lui des pathologies autrefois exportées.

Autonomie pharmaceutique : produire localement pour soigner localement

La souveraineté sanitaire passe aussi par la production locale de médicaments et d’intrants. Le ministre met en avant la nécessité de fabriquer sur place des produits essentiels, comme le sérum, en s’appuyant sur les ressources disponibles au Niger. Les réformes engagées au sein de l’Office national d’approvisionnement (ONPPC) ont permis d’atteindre des taux de satisfaction élevés en médicaments essentiels.

Parallèlement, le développement de l’industrie pharmaceutique locale s’amorce, tandis que la mise en place d’unités de production d’oxygène médical sur tout le territoire met fin à une dépendance critique et garantit un accès gratuit à cet intrant vital.

Réduire les inégalités territoriales : une stratégie de proximité

Le Niger, avec son vaste territoire, fait face à des déséquilibres persistants en matière d’accès aux soins. Pour y remédier, le ministère mise sur une approche progressive et décentralisée. La création de 36 nouveaux centres de santé intégrés de type 2 en 2025 illustre cette volonté d’ancrer les soins au plus près des populations. À Niamey, la décentralisation des services obstétricaux permet de soulager les structures saturées et d’améliorer la prise en charge des urgences.

Cette stratégie s’accompagne d’un renforcement des ressources humaines, avec des recrutements et des formations ciblées, même si le déficit persiste face à l’augmentation des besoins.

Prévention et hygiène : changer de logique pour des résultats durables

Le discours du ministre souligne une évolution vers une approche plus préventive et holistique. La lutte contre le paludisme, par exemple, ne se limite plus au traitement des patients : elle vise désormais à éliminer le vecteur de la maladie. De même, les actions en matière d’hygiène publique, d’accès à l’eau potable et de gestion des déchets médicaux s’inscrivent dans une démarche globale pour traiter les causes des maladies.

Gouvernance et défis persistants : vers une éthique renforcée

Malgré les progrès réalisés, des défis majeurs subsistent, notamment en matière d’éthique, d’accueil des patients et de discipline professionnelle. Le ministère a renforcé les mécanismes de contrôle, d’inspection et de sanction, mais la transformation des comportements reste un chantier de longue haleine. La régulation du secteur privé et le développement des écoles de formation des professionnels de santé constituent également des priorités pour structurer durablement le système.

Une ambition régionale pour une souveraineté collective

La coopération avec les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) s’impose comme un levier stratégique. En mutualisant les compétences, les équipements et les politiques de santé, cette dynamique pourrait à terme aboutir à une organisation sanitaire commune, renforçant l’autonomie collective face aux défis sanitaires régionaux.

Un système en transition : vers une santé souveraine

À travers cet entretien, une certitude s’impose : le système de santé nigérien est en pleine mutation. Entre contraintes structurelles et ambitions affirmées, il évolue vers un modèle plus autonome, accessible et intégré. Si les défis restent nombreux, la trajectoire engagée révèle une volonté claire : faire de la santé un pilier de la souveraineté nationale.