13 mai 2026
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Au Sénégal, la relation entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko, autrefois présentée comme une dyarchie harmonieuse, suscite désormais des interrogations croissantes. Abdou Mbow, député du groupe Takku Wallu et membre de l’Alliance pour la République (APR), n’hésite pas à qualifier la situation de « bras de fer politique » et de « crise institutionnelle ». Une analyse qui reflète les signaux contradictoires émis depuis plusieurs semaines par le duo exécutif.

Selon ce cadre du parti de l’ex-président Macky Sall, les divergences entre les deux figures clés du pouvoir ne relèvent plus de simples malentendus. Elles symboliseraient plutôt un conflit larvé de leadership, où chaque camp tente d’imposer sa vision des réformes et de la gouvernance. Qui détient réellement le pouvoir exécutif ? La question divise, d’autant que Ousmane Sonko, leader incontesté du Pastef et vainqueur des législatives de novembre 2024, incarne une légitimité populaire que la présidence doit désormais composer avec.

Une dyarchie sous pression : réformes et héritages conflictuels

Élus sur un programme commun de rupture en mars 2024, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko avaient jusqu’ici affiché une complémentarité assumée. Pourtant, les tensions se cristallisent autour de plusieurs enjeux majeurs : le rythme des réformes, la gestion des dossiers judiciaires issus du régime précédent, et la communication gouvernementale. Pour Abdou Mbow, ces désaccords révèlent une lutte d’influence entre deux centres de pouvoir, chacun cherchant à dicter sa propre stratégie.

La gestion des affaires économiques, notamment la renégociation des contrats miniers et pétroliers, aggrave la fragilité de cette dyarchie. Les audits récemment réalisés ont révélé un endettement public bien supérieur aux estimations officielles, plaçant Dakar dans une position délicate face au Fonds monétaire international. La nécessité d’un discours unifié et cohérent devient alors cruciale, alors que le pays doit aussi finaliser l’Agenda Sénégal 2050 et sécuriser ses recettes issues des champs d’hydrocarbures comme GTA et Sangomar.

L’opposition en embuscade : l’APR tente de fragiliser le pouvoir

Affaiblie par sa défaite aux scrutins présidentiel et législatif, l’APR de Macky Sall cherche à se repositionner comme un contre-pouvoir vigilant. Le groupe Takku Wallu, principal bloc d’opposition à l’Assemblée nationale, multiplie les prises de parole pour transformer les tensions internes du gouvernement en une remise en cause de la stabilité institutionnelle. En qualifiant la situation de « crise institutionnelle », Abdou Mbow ne se contente pas de critiquer le pouvoir : il questionne la crédibilité de l’action publique.

Cette stratégie vise à semer le doute sur la capacité du duo exécutif à gérer les défis économiques et sociaux du pays. Pourtant, ni la présidence ni la primature n’ont officiellement reconnu l’existence d’un conflit ouvert. Les apparences d’unité sont maintenues lors des conseils des ministres et des événements publics, mais les observateurs soulignent que la répartition des rôles entre Faye et Sonko, autrefois présentée comme complémentaire, devient désormais un enjeu politique exploité par l’opposition.

Pourtant, le pouvoir en place continue de défendre l’idée d’une coordination harmonieuse entre les deux personnalités. Le Pastef insiste sur la complémentarité des rôles, tandis que ses détracteurs, comme Abdou Mbow, y voient une fragilité structurelle susceptible de paralyser les institutions.

Un enjeu économique et diplomatique crucial

La crédibilité du gouvernement est plus que jamais en jeu. Les partenaires économiques et les bailleurs internationaux scrutent avec attention la capacité du couple exécutif à présenter un front uni. Les négociations en cours avec le FMI, la gestion de la dette publique et la finalisation des projets pétroliers et gaziers exigent une stabilité sans faille au sommet de l’État.

Les différences de ton entre Ousmane Sonko, parfois offensif envers certains acteurs économiques ou médiatiques, et Bassirou Diomaye Faye, davantage axé sur une posture institutionnelle, alimentent les spéculations. Cette répartition des rôles, autrefois perçue comme un atout, devient un sujet de discorde que l’opposition s’empresse d’exploiter.

Reste à savoir si cette « crise institutionnelle » annoncée par l’APR reflète une réalité ou relève davantage d’une bataille de récits. Une chose est sûre : au Sénégal, la gestion des tensions entre Faye et Sonko conditionnera non seulement la stabilité politique, mais aussi la confiance des investisseurs et des partenaires internationaux.

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