13 juin 2026
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L’axe routier Dakar-Bamako, colonne vertébrale des échanges commerciaux entre le Sénégal et le Mali, subit sa plus grave crise sécuritaire de ces dernières années. L’Union des routiers du Sénégal (URS) a ordonné à ses membres d’éviter les trajets vers le Mali, en réaction directe aux attaques répétées du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), branche affiliée à Al-Qaïda. Depuis fin avril, les convois de marchandises deviennent des proies faciles pour les groupes armés, faisant de cet itinéraire un passage à haut risque.

Un axe commercial vital paralysé par la menace jihadiste

Le corridor Dakar-Bamako assure la quasi-totalité des échanges terrestres entre les deux pays. Carburants, denrées alimentaires, matériaux de construction et équipements transitent quotidiennement par cette voie, devenue indispensable depuis que le Mali, enclavé, s’appuie massivement sur le port de Dakar. La fermeture des frontières ivoiriennes lors des tensions diplomatiques entre Bamako et la CEDEAO avait déjà renforcé cette dépendance logistique. Aujourd’hui, le Sénégal joue un rôle central dans l’approvisionnement économique du Mali.

La décision de l’URS de suspendre les rotations met en péril cet équilibre fragile. Sans les camions sénégalais, les marchés de Bamako risquent de manquer cruellement de carburant, de produits manufacturés et de denrées de première nécessité. Les consommateurs maliens, déjà touchés par l’inflation et les ruptures d’approvisionnement, pourraient subir une nouvelle hausse des prix dans les semaines à venir.

Le Jnim frappe l’économie malienne au cœur

Depuis avril, le Jnim a radicalement intensifié ses attaques contre les convois logistiques sur les axes ouest du Mali. Les camions-citernes transportant du carburant, les remorques de marchandises et les véhicules de transport de passagers sont désormais des cibles privilégiées. Cette stratégie, auparavant limitée au centre du pays, s’étend désormais vers les régions occidentales, autrefois considérées comme plus sûres.

Les objectifs du groupe sont doubles. D’une part, il cherche à asphyxier les villes sous contrôle gouvernemental en coupant les approvisionnements, tout en exposant l’incapacité des autorités maliennes à garantir la sécurité des routes. D’autre part, ces attaques permettent aux jihadistes de s’emparer de carburant et de biens manufacturés, essentiels à leur survie dans les zones reculées.

Les transporteurs sénégalais subissent de lourdes pertes : plusieurs chauffeurs ont été tués, blessés ou enlevés lors d’embuscades récentes. Les véhicules détruits représentent des pertes financières considérables pour des entreprises souvent familiales, souvent incapables de se prémunir contre les risques liés à l’insécurité jihadiste.

Une crise qui dépasse les frontières du Sénégal

La suspension des rotations place le gouvernement sénégalais face à un défi à la fois économique et diplomatique. Depuis l’arrivée au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye, Dakar a privilégié un dialogue constructif avec les juntes sahéliennes, s’éloignant ainsi de la position adoptée par la CEDEAO sous la présidence précédente. Pourtant, la dégradation de la situation sécuritaire sur le corridor menace directement les intérêts économiques du Sénégal et la sécurité de ses citoyens.

Le port de Dakar, qui avait profité du report des flux maliens, pourrait voir son activité se réduire si les marchandises ne peuvent plus être acheminées vers Bamako par la route. Plusieurs acteurs de la logistique évoquent déjà le recours à des itinéraires alternatifs, plus longs et plus coûteux, comme la route via la Mauritanie, ou le transport ferroviaire, dont les capacités restent limitées.

C’est toute la chaîne commerciale ouest-africaine qui est ébranlée. La capacité du Jnim à perturber un corridor de plus de 1 200 kilomètres illustre l’ampleur du vide sécuritaire laissé par le retrait des partenaires internationaux et la réorganisation de l’Alliance des États du Sahel. La question d’une coordination entre Dakar et Bamako pour rouvrir l’axe reste en suspens, une hypothèse jusqu’ici rejetée par les autorités maliennes.