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Sahel : les batailles entre jihadistes à la frontière Mali-Burkina Faso minent la sécurité des populations et l’autorité des juntes

Un foyer de violences où la loi des armes prime sur celle des États

La frontière entre le Mali et le Burkina Faso s’est transformée en un champ de ruines sous l’effet de combats répétés entre les groupes armés du JNIM et de l’EIS. Ces affrontements, d’une intensité croissante, ne se limitent pas à une guerre de position contre les forces armées : ils opposent deux factions jihadistes déterminées à s’imposer comme les maîtres des échanges et des territoires. Les conséquences pour les populations civiles sont immédiates et dévastatrices, tandis que l’incapacité des juntes militaires à rétablir l’ordre interroge la légitimité de leurs stratégies.

Des promesses de sécurité trahies par la réalité du terrain

Depuis les récentes prises de pouvoir militaires au Mali et au Burkina Faso, la restauration de la sécurité et la reconquête des territoires occupés par les groupes armés figuraient au cœur des discours officiels. Pourtant, les violences persistent, et les affrontements récurrents entre le JNIM et l’EIS révèlent l’écart flagrant entre les annonces politiques et la réalité du terrain. Les populations des zones frontalières, déjà fragilisées par des années de conflit, subissent désormais les effets conjugués de la guerre jihadiste et de l’impuissance des régimes en place.

Un piège pour les civils : insécurité et déplacements forcés

Les combats entre les deux factions jihadistes ne visent pas uniquement les forces de défense locales. Ils ciblent également les civils, imposant leur loi par la terreur, le pillage et les exactions. Les déplacements de populations s’accélèrent, plongeant des milliers de familles dans une précarité extrême. Les axes routiers, vitaux pour l’économie régionale, deviennent des zones de non-droit où les groupes armés dictent leurs conditions. Les populations, prises en étau entre les belligérants, voient leurs moyens de subsistance disparaître et leur avenir assombri.

Les juntes militaires face à leur plus grand défi : la crédibilité en jeu

Les régimes dirigés par Assimi Goïta au Mali et Ibrahim Traoré au Burkina Faso ont placé la souveraineté et la sécurité au centre de leur action politique. Pourtant, l’incapacité à endiguer la progression des groupes armés, et plus encore à restaurer un semblant d’autorité dans les zones frontalières, ébranle la confiance des citoyens. Les démonstrations de force et les discours martial ne suffisent plus à masquer l’absence de résultats tangibles. La question se pose désormais : dans combien de temps les juntes parviendront-elles à transformer leurs promesses en actions concrètes ?

Une crise qui dépasse la rivalité entre deux groupes armés

Les combats entre le JNIM et l’EIS ne constituent qu’une facette d’une crise plus large, où la lutte contre le terrorisme se heurte à des défis structurels. La complexité du conflit sahélien impose des réponses multidimensionnelles : coordination militaire, renseignement, administration renforcée et protection des populations. Or, ces éléments manquent cruellement, permettant aux groupes jihadistes de prospérer malgré les opérations menées par les armées nationales.

Les limites d’une réponse purement militaire

Les opérations contre les groupes armés au Sahel se heurtent à des obstacles majeurs : l’étendue des territoires à contrôler, la méfiance des populations locales et l’absence d’une administration centralisée effective. Les juntes, bien que disposant de moyens militaires renforcés, peinent à s’imposer durablement sur le terrain. Les affrontements entre le JNIM et l’EIS révèlent cette vulnérabilité : même les régimes les plus déterminés ne peuvent prétendre à une victoire militaire sans une approche globale incluant les aspects politiques et sociaux.

L’urgence d’une stratégie adaptée aux réalités locales

Pour sortir de cette impasse, une refonte des stratégies sécuritaires s’impose. Cela implique une meilleure coordination avec les pays voisins, une présence civile accrue dans les zones frontalières et une protection renforcée des populations vulnérables. Les juntes doivent également renouer le dialogue avec les communautés locales, souvent laissées à l’abandon. Sans une réponse à la hauteur des enjeux, les groupes armés continueront de dicter leur loi, et les promesses de paix resteront lettre morte.

L’impact sur les économies locales : quand l’insécurité tue le développement

La dégradation de la situation sécuritaire à la frontière Mali-Burkina Faso ne se limite pas à un drame humain : elle étouffe également les économies locales. Les déplacements massifs de populations perturbent les activités agricoles, commerciales et artisanales, privant des millions de personnes de leurs moyens de subsistance. Les investisseurs, nationaux comme étrangers, hésitent à s’implanter dans des zones aussi instables. Les axes routiers, autrefois dynamiques, deviennent des corridors de la peur. Les États sahéliens, déjà fragilisés par des années de crise, voient leurs perspectives de développement s’éloigner un peu plus chaque jour.

Que reste-t-il des promesses de reconquête territoriale ?

Les juntes militaires du Sahel ont fait de la reconquête des territoires occupés par les groupes armés un pilier de leur légitimité. Pourtant, les combats répétés entre le JNIM et l’EIS montrent que ces territoires, loin d’être libérés, sont davantage disputés qu’administrés. Les populations, promises à un retour à la normale, restent sous l’emprise de la violence. Les symboles de souveraineté brandis par les régimes en place casernes réoccupées, drapeaux hissés ne suffisent plus à masquer l’absence de sécurité durable. La question n’est plus seulement de savoir si ces territoires seront un jour reconquis, mais bien sous quel contrôle ils le seront : celui de l’État ou celui des factions armés.

Par Ibrahim Touré — Journaliste