14 mai 2026
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Benin Finance Minister and ruling coalition’s presidential candidate Romuald Wadagni speaks during his investiture ceremony at Parakou’s Municipal Stadium in Parakou, on October 4, 2025. (Photo by Yanick FOLLY / AFP)

Le Bénin à l’aube d’une nouvelle ère sous la présidence de Romuald Wadagni

Avec un score historique de 94,27 % des suffrages exprimés lors de l’élection présidentielle du 12 avril, Romuald Wadagni accède au pouvoir dans un contexte marqué par une forte participation (63,57 %) et une reconnaissance rapide de sa victoire par son adversaire, Paul Hounkpè. Cette cinquième alternance démocratique depuis 1990 confirme la vitalité des institutions béninoises, notamment après le respect par Patrice Talon de la limite constitutionnelle des deux mandats.

Un mandat sous le signe de la stabilité et des défis économiques

Romuald Wadagni, ancien ministre des Finances pendant dix ans, hérite d’une économie en pleine expansion : le taux de croissance du PIB a été multiplié par quatre entre 2015 (1,8 %) et 2025 (environ 8 %). Pourtant, cette performance ne se traduit pas encore par une réduction significative de la pauvreté, avec près de 40,1 % de la population vivant sous le seuil de pauvreté. Pour relever ce défi, son programme 2026-2033 mise sur trois piliers stratégiques :

  • Croissance inclusive : assurer une répartition équitable des richesses générées ;
  • Diversification économique : réduire la dépendance aux secteurs traditionnels ;
  • Cohésion nationale : renforcer l’unité sociale et la sécurité.

Une opposition en quête de renaissance face à des règles électorales restrictives

Le paysage politique béninois est marqué par des réformes électorales majeures, introduites depuis 2016, qui ont profondément modifié les conditions de participation. L’exigence d’un parrainage de 15 % des élus locaux ou nationaux, instaurée en 2024, a notamment conduit à l’exclusion de l’opposition lors de la présidentielle. Les Démocrates, principale formation d’opposition, traversent une crise interne après le départ de Boni Yayi en mars 2026, ce qui pourrait les maintenir hors du jeu électoral jusqu’en 2040 sans modification des règles.

Une disposition constitutionnelle de 2025 prévoit un pacte de responsabilité républicaine entre le gouvernement et les partis politiques, sous l’égide du Sénat. Cette mesure, bien que potentiellement utile pour le dialogue, pourrait aussi servir à neutraliser l’opposition si elle n’est pas appliquée avec transparence.

Sécurité et diplomatie : les urgences du nouveau président

Le Bénin fait face à des défis sécuritaires croissants, notamment dans le nord du pays, où les attaques terroristes persistent. De plus, les tensions avec certains voisins comme le Burkina Faso et le Niger compliquent la coopération régionale. Bien que les relations avec le Nigeria se soient améliorées après son soutien face à la tentative de coup d’État de décembre, la reprise d’une collaboration efficace reste conditionnée par la volonté politique des autorités nigériennes et burkinabè.

Romuald Wadagni a souligné lors de sa campagne l’importance d’une relance diplomatique pour faire face aux menaces multidimensionnelles. Pourtant, sans une reprise rapide de la coopération régionale, les zones transfrontalières et le complexe W-Arly-Pendjari continueront de servir de bases arrière aux groupes terroristes, fragilisant la stabilité des trois pays.

Institutions et équilibre des pouvoirs : un équilibre à trouver

La création d’un Sénat en novembre 2025 doté de prérogatives étendues (examen des lois, seconde lecture des textes législatifs) introduit une nouvelle dynamique institutionnelle. Une éventuelle nomination de Patrice Talon à sa tête pourrait institutionnaliser un exécutif bicéphale, source potentielle de frictions. Par ailleurs, le succès du mandat de Wadagni dépendra de sa capacité à garantir le pluralisme politique, renforcer l’État de droit et normaliser les relations avec les pays voisins.

Pour y parvenir, il sera crucial d’engager rapidement un dialogue national avec les forces vives du pays afin d’évaluer les réformes contestées, corriger leurs lacunes et dégager des compromis. La mise en œuvre des mécanismes de participation citoyenne et des dialogues itinérants de redevabilité publique, prévus dans son programme, pourrait favoriser une adhésion populaire tout en préservant la démocratie et l’État de droit.

Enfin, la relation entre Romuald Wadagni et Patrice Talon sera déterminante pour la stabilité du Bénin au cours des sept prochaines années. Dans un contexte sécuritaire fragile et une opposition affaiblie, le nouveau président devra allier fermeté et dialogue pour consolider les acquis démocratiques et répondre aux attentes d’une population en quête de prospérité.