29 avril 2026
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Les récents assauts coordonnés menés par des groupes armés contre les bases des Forces armées maliennes ont mis en lumière l’implication croissante de la Russie dans la sécurité du Mali et plus largement du Sahel. Le chef de la junte militaire, Assimi Goïta, a affirmé que la situation était « sous contrôle », évoquant un soutien aérien russe pour empêcher la capture de positions stratégiques, dont le palais présidentiel à Bamako.

Pourtant, la volatilité sécuritaire persiste au Mali, où le gouvernement peine à reprendre le contrôle de plusieurs villes et localités aux mains de rebelles touaregs et de groupes affiliés à Al-Qaïda. Ces derniers ont même menacé de faire le siège de la capitale malienne, aggravant une crise déjà complexe.

les attaques du 26 avril et les retraits russes à Kidal

Une offensive d’ampleur a frappé plusieurs villes maliennes le 26 avril, dont Bamako. Cette opération, menée conjointement par le Front de libération de l’Azawad (FLA) et le groupe Jama’at Nusrat al Islam wal Muslimin (JNIM), a surpris la région. Le ministre malien de la Défense, Sadio Camara, a trouvé la mort lors de ces combats, tandis que des villes comme Kidal, dans le nord, ont été brièvement occupées par les assaillants. Les autorités militaires maliennes revendiquent plus de 200 morts parmi les attaquants.

L’efficacité du partenariat militaire entre Bamako et Moscou est désormais questionnée. Des rapports indiquent que les forces russes se sont retirées de Kidal, une ville stratégique, après des combats intenses. Le groupe Africa Corps, bras armé du ministère russe de la Défense ayant remplacé Wagner, avait pourtant été déployé pour soutenir l’armée malienne. Certains analystes soulignent un changement de stratégie : contrairement à Wagner, plus offensif, Africa Corps adopterait une posture davantage défensive.

un retrait négocié sous pression ?

Selon des sources locales, le gouverneur régional de Kidal avait prévenu les mercenaires russes trois jours avant les attaques. Pourtant, aucune mesure concrète n’aurait été prise, laissant planer des doutes sur une possible négociation préalable de leur départ. Africa Corps a officiellement confirmé son retrait de Kidal, précisant que cette décision avait été conjointe avec les autorités maliennes. Les équipements lourds et les blessés ont été évacués en priorité, tandis que des vidéos diffusées par Moscou montrent un soutien aérien en appui aux troupes maliennes.

Cependant, ces déclarations n’ont pas convaincu tout le monde. Certains soldats maliens capturés par les rebelles et des civils auraient été laissés derrière, alimentant les critiques sur l’engagement russe.

impact de la crise sur l’influence russe au Sahel

Depuis le départ des forces françaises en 2021, la Russie a présenté son intervention au Sahel comme une alternative non coloniale. Le déploiement de Wagner, puis d’Africa Corps, s’inscrit dans une stratégie plus large visant à renforcer son influence auprès des gouvernements africains. Si des centaines de mercenaires russes sont présents au Mali depuis 2021, leur nombre reste limité au Niger (environ 100) et au Burkina Faso (100 à 300), où leur rôle se cantonne davantage à des missions de supervision.

Wagner avait autrefois permis de stabiliser certaines zones, comme Kidal en 2023. Cependant, les événements du 26 avril, marqués par la perte de Kidal et la mort du ministre Camara, symbole de la coopération avec Moscou, constituent un revers majeur pour la Russie. Les analystes estiment que cette situation porte atteinte à la crédibilité d’Africa Corps, perçu comme moins efficace que son prédécesseur.

la crédibilité d’africa corps en question

Ulf Laessing, responsable du programme Afrique de l’Ouest à la fondation Konrad-Adenauer Stiftung, résume : « Africa Corps a perdu en crédibilité. Ils n’ont pas tenu le choc samedi et ont abandonné Kidal, une place forte touarègue, laissant derrière eux du matériel et une station de drones. Cela donne l’impression d’un abandon, même s’ils étaient probablement en infériorité numérique. »

Après ces événements, les autorités maliennes et les civils de Kidal auraient quitté la ville pour Gao, principale ville du nord. Malgré les affirmations russes selon lesquelles les opérations contre les groupes armés se poursuivent, les doutes persistent quant à leur capacité réelle à endiguer la menace jihadiste.

l’avenir de la présence russe au Sahel

Les attaques récentes et le retrait de Kidal risquent de dissuader d’autres pays du Sahel de solliciter l’aide d’Africa Corps. La Russie pourrait ainsi rencontrer des difficultés à recruter de nouveaux partenaires militaires dans la région, où sa réputation est désormais ternie. Alors que le JNIM menace d’étendre son siège à Bamako, la position russe dans le Sahel semble plus fragile que jamais.

Moscou continue de clamer la poursuite de ses opérations, mais l’efficacité réelle de son engagement reste sujette à caution. Pour les populations locales et les observateurs, la question se pose : la Russie peut-elle encore jouer un rôle clé dans la stabilisation du Sahel, ou son influence est-elle désormais en déclin ?