Le dossier de la restructuration de la dette au Sénégal s’impose comme la priorité absolue du président Bassirou Diomaye Faye. Après la publication des rapports de la Cour des comptes révélant un endettement bien supérieur aux estimations officielles, Dakar se retrouve face à une situation financière plus complexe que prévu. La nomination d’un expert chargé de piloter cette opération technique, juridique et diplomatique s’avère indispensable avant toute négociation avec les créanciers.
Un endettement réévalué qui transforme l’équilibre budgétaire
La révision à la hausse du montant total de la dette publique, couplée à un ratio dette/PIB dépassant largement les seuils fixés par l’UEMOA, a bouleversé la donne pour les autorités. Le programme antérieur avec le Fonds monétaire international (FMI) est actuellement suspendu, en attendant un nouvel accord basé sur des chiffres actualisés. Cette suspension prive temporairement le pays d’un précieux sésame auprès des investisseurs internationaux et complique l’accès aux financements à taux préférentiels.
La charge de la dette engloutit une part croissante des recettes fiscales, limitant ainsi les ressources disponibles pour financer les grands projets du référentiel Sénégal 2050. La pression est double : honorer les échéances des eurobonds et des prêts bilatéraux tout en maintenant les investissements stratégiques dans les secteurs énergétique, infrastructurel et agricole. Sans une restructuration maîtrisée, le risque de dégradation de la note souveraine s’accentuerait, comme en témoignent les multiples abaissements déjà opérés par les agences de notation.
Le conseiller financier, acteur clé de la restructuration
La sélection d’une banque-conseil ou d’un cabinet spécialisé marque le point de départ de l’opération. Plusieurs pays africains ont déjà emprunté cette voie avec succès. Le Ghana a choisi Lazard et Hogan Lovells pour orchestrer sa restructuration en 2023 et 2024, tandis que la Zambie a fait de même. Le Tchad et l’Éthiopie ont, quant à eux, sollicité d’autres cabinets dans le cadre du Cadre commun du G20. Chaque mandat a combiné expertise financière, maîtrise juridique et diplomatie nationale.
Pour le Sénégal, l’enjeu va bien au-delà de la simple expertise technique. Le futur conseiller devra orchestrer un dialogue simultané avec les détenteurs d’eurobonds, les créanciers bilatéraux – notamment la Chine et la France – ainsi que les institutions multilatérales. Il devra également prendre en compte le rôle des banques régionales, fortement exposées à la dette souveraine sénégalaise sur le marché des titres publics de l’UEMOA. La discrétion entourant le processus de sélection reflète la sensibilité politique du dossier, dans un contexte où le Premier ministre Ousmane Sonko affiche une position ferme envers les créanciers traditionnels.
Relancer le dialogue avec le FMI et les investisseurs
Le rétablissement d’un programme avec le FMI constitue l’élément central d’un scénario crédible de restructuration. Sans accord avec cette institution, toute négociation avec les créanciers privés serait fragilisée. Les investisseurs exigent généralement une trajectoire budgétaire validée par l’institution de Bretton Woods avant de s’engager. La question d’un traitement équitable entre tous les créanciers, principe fondateur du Club de Paris, s’imposera inévitablement dans les débats.
Sur le marché secondaire, les eurobonds sénégalais affichent des décotes importantes depuis plusieurs mois, reflétant les anticipations d’un rééchelonnement ou d’une réduction de la valeur nominale. Cette situation pourrait, en théorie, ouvrir la porte à des opérations de rachat opportunistes, mais leur réalisation nécessiterait des liquidités que l’État peine à mobiliser rapidement. L’exploration de mécanismes innovants, comme les échanges dette-nature ou dette-développement testés au Gabon et au Cabo Verde, pourrait figurer parmi les options envisagées par le futur conseiller.
Reste la dimension politique. Le tandem Diomaye-Sonko a bâti sa légitimité sur la promesse d’une souveraineté renforcée et d’une gestion rigoureuse des finances publiques. Une restructuration réussie renforcerait cette narrative ; un échec ou un accord perçu comme désavantageux exposerait le gouvernement à une critique accrue. Les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si Dakar saura transformer cette contrainte financière en opportunité de crédibilité internationale.