Le procès de l’assassinat de Martinez Zogo, animateur radio camerounais dont le corps avait été retrouvé en janvier 2023 après des violences extrêmes, a marqué un tournant ce 1er juin 2026 à Yaoundé. Pour la première fois, une vidéo inédite a été projetée devant le tribunal militaire, révélant des images insoutenables de l’animateur en proie à la souffrance.
Des images insoutenables révélées en audience
Les images diffusées ce jour-là montrent Martinez Zogo, les mains liées dans le dos, le visage ensanglanté et une entaille visible à une oreille. Dans un appel désespéré à l’aide, il implore clairement des secours, un témoignage poignant qui a plongé l’assistance dans un silence lourd. Ces séquences, extraites des données d’un des accusés, ont immédiatement saisi l’attention des juges et des parties présentes.
L’émotion a été palpable dans la salle d’audience. Plusieurs personnes, dont des proches et des représentants juridiques, ont été bouleversés par ces images. Ludovic Zabze, avocat de la radio Amplitudes FM, a partagé son ressenti : « Dès la fin de la vidéo, j’ai détourné le regard. J’ai observé les accusés : eux aussi semblaient accablés. L’impact émotionnel de ces images est dévastateur. »
Un document clé issu des téléphones des accusés
Cette vidéo a été découverte dans le compte Google de Godje Oumarou, l’un des membres du commando présumé responsable de l’enlèvement et de l’assassinat. L’expertise technique a été menée par le Professeur Georges Bell Bitjocka, spécialiste en informatique judiciaire, qui a analysé les données des appareils des accusés. Parmi eux figuraient notamment Jean-Pierre Amougou Belinga, Bruno Bidjang et Martin Savom.
Des échanges troublants révélés lors du procès
Les débats ont également mis en lumière des conversations troublantes. Le soir du 17 janvier 2023, un échange entre Godje Oumarou et Justin Danwe, ancien directeur des opérations de la Direction générale de la Recherche extérieure (DGRE), a été évoqué. Dans ce dialogue, Danwe aurait ordonné de « prendre les images de la souris », une expression identifiée comme faisant référence à Martinez Zogo.
Les défenseurs évoquent des preuves accablantes
Maître Séri Zokou, avocat de Maxime Eko Eko, ancien directeur général de la DGRE, a tenté de minimiser la portée des éléments présentés : « Il n’existe aucun lien entre mon client et ces faits. Les éléments concernant le téléphone ont été transmis à la commission d’enquête, puis au juge d’instruction. Aucune preuve ne l’implique dans cette affaire. »
À l’inverse, maître Calvin Job, avocat des ayants droit de la victime, a salué la solidité du rapport expertisé : « Si le tribunal s’appuie sur ce document, il aura déjà accompli 98 % de sa mission. »
Les dessous d’une affaire marquée par l’horreur
Le 22 janvier 2023, le corps de Martinez Zogo – de son vrai nom Arsène Salomon Mbani Zogo – était retrouvé sans vie sur un terrain situé à environ 25 kilomètres de Yaoundé. Âgé de 51 ans, il était un animateur star de la radio, connu pour ses émissions matinales « Embouteillages », où il dénonçait sans relâche les dysfonctionnements de la société camerounaise. Il épargnait cependant le président Paul Biya dans ses critiques acerbes.
Enlevé le 17 janvier 2023 en soirée, il avait subi des sévices avant de trouver la mort. Après une enquête minutieuse, le colonel-magistrat Pierrot Narcisse Nzie, juge d’instruction militaire, a renvoyé 17 accusés devant les tribunaux. Parmi eux figuraient Léopold Maxime Eko Eko, ancien patron de la DGRE, le lieutenant-colonel Justin Danwe, Jean-Pierre Amougou Belinga, patron de presse, ainsi que Stéphane Martin Savom, maire d’une commune de la région Centre.
Ce procès, initialement marqué par des blocages procéduraux, a finalement débuté le 25 mars 2024 au tribunal militaire de Yaoundé. Les débats sur le fond ont pris leur essor le 1er septembre 2025, plongeant le Cameroun dans une réflexion intense sur les dérives du pouvoir et l’impunité.