7 septembre 2026
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Une expansion stratégique des forces russes sur le sol libyen

La Libye est devenue un terrain privilégié pour l’extension de l’influence militaire russe en Afrique du Nord. Six bases aériennes du pays, disséminées sur l’ensemble du territoire, abritent désormais des équipements et des troupes, révélant une stratégie d’implantation à long terme. Al-Joufra, Al-Khadim, Al-Qardabiyah, Brak Al-Shati, Maaten al-Sarra et Tamenhant constituent les principaux foyers de cette présence, où sont déployés des systèmes de défense aérienne, des avions de combat MiG-29 et des drones.

Des infrastructures en pleine modernisation

Ces bases, autrefois délaissées ou partiellement opérationnelles, font l’objet de vastes chantiers de rénovation et d’extension. À Al-Khadim, près de Benghazi, des hangars supplémentaires, des logements et des installations de soutien ont été construits ces dernières années, tandis qu’un nouveau casernement a été signalé en 2026. À Al-Qardabiyah, les pistes d’envol ont été remises à neuf et des défenses périphériques renforcées, transformant cette base en un point clé pour les opérations aériennes.

La base de Maaten al-Sarra, située dans le Sud du pays, près des frontières du Tchad et du Soudan, illustre parfaitement cette dynamique. Abandonnée après 2011, elle a été restaurée par des soldats syriens sous supervision russe à partir de décembre 2024, devenant un hub logistique pour le transport d’armes et de mercenaires vers le Sahel.

Un réseau logistique au service des conflits régionaux

Les activités russes en Libye ne se limitent pas à un simple déploiement militaire. Elles s’inscrivent dans une logique de soutien aux groupes armés et de trafic d’armes à travers le continent. La base d’Al-Khadim a notamment servi de plateforme pour livrer du matériel aux Forces de soutien rapide (RSF) soudanaises pendant la guerre civile, tandis que des mercenaires russes ont utilisé Tamenhant pour des opérations vers le Soudan.

Un rapport de l’agence Tearline souligne qu’un officier russe de la 102ème division d’infanterie des fusiliers motorisés a été identifié sur cette base, confirmant la présence active de personnel militaire régulier. Par ailleurs, des visites de responsables de Gazprom dans des zones minières de République centrafricaine, en provenance d’Al-Khadim, ont été documentées, révélant une imbrication entre activités militaires et économiques.

Un frein aux efforts de stabilisation en Libye

Cette militarisation croissante complique davantage la fragile unification des institutions libyennes. Les factions soutenues par des puissances étrangères, bénéficiant du soutien russe, résistent aux initiatives de paix, prolongeant ainsi l’instabilité politique. Les mercenaires et les troupes étrangères, dont une partie provient de groupes comme Wagner (devenu Africa Corps), continuent de jouer un rôle déstabilisateur, entravant toute avancée vers un accord national.

Maaten al-Sarra : un carrefour pour les opérations déstabilisatrices

Stratégiquement placée, Maaten al-Sarra permet à Moscou de contourner les restrictions logistiques et de projeter sa puissance vers le Sahel. Selon des analystes, cette base offre à la Russie la capacité d’acheminer discrètement du matériel vers le Tchad, le Soudan ou d’autres pays de la région, renforçant ainsi son influence géopolitique. Les rénovations réalisées en 2024, incluant la réfection des pistes et des entrepôts, confirment son rôle central dans cette stratégie.

Perspectives : une présence qui s’installe dans la durée

Les développements récents à Brak Al-Shati et Tamenhant, avec la construction de nouveaux hangars et logements, indiquent que la Russie ne compte pas réduire son empreinte en Libye. Les effectifs à Brak Al-Shati ont même augmenté, passant de 300 à 450 soldats en quelques mois, tandis que les projets d’expansion à Tamenhant suggèrent une volonté de pérenniser cette présence. Ces mouvements s’accompagnent d’une modernisation des infrastructures, rendant ces bases plus opérationnelles et mieux connectées aux réseaux logistiques russes.

Conséquences pour la sécurité régionale

La multiplication des bases russes en Libye ne concerne pas uniquement ce pays. Elle a des répercussions directes sur les pays voisins, notamment le Mali, le Burkina Faso et le Soudan, où des livraisons d’armes et des soutiens logistiques ont été signalés. Cette dynamique alimente les tensions internes et régionales, tout en affaiblissant les tentatives de médiation internationale pour résoudre les conflits en cours.

Alors que la communauté internationale peine à endiguer cette expansion, les bases libyennes deviennent un symbole de la stratégie russe en Afrique, mêlant intérêts militaires, économiques et géopolitiques.