10 juin 2026
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L’État islamique au Sahel persiste dans le nord-est du Mali, là où les autorités maliennes concentrent leurs efforts

Dans les zones reculées de Gao, notamment dans le cercle d’Ansongo, et dans la région de Ménaka, la Province sahélienne de l’État islamique (ISSP) — successeur de l’EIGS — conserve une influence majeure. Ce territoire, incluant les localités stratégiques des « 3 T » — Talataye, Tin-Hama et Tessit — ainsi que Labbezanga, reste le théâtre principal de ses activités, où le groupe étend son emprise sur les populations et les axes économiques.

Une direction en mutation

Mené par Abou Al-Bara depuis la disparition d’Adnan Abu Al-Walid Sahraoui en 2021, l’ISSP a radicalement transformé sa stratégie depuis 2020. Abandonnant les attaques spectaculaires pour privilégier un contrôle territorial discret, le groupe mise désormais sur la gouvernance locale et l’influence sociale. Cette approche lui permet de s’immiscer dans les dynamiques communautaires tout en limitant son exposition médiatique.

Malgré les opérations militaires en cours, l’ISSP parvient à se reconstituer rapidement, notamment dans les zones frontalières où ses réseaux logistiques restent intacts. Les Forces Armées Maliennes (FAMa) ont récemment infligé un revers à ses activités en éliminant un responsable opérationnel lors d’une frappe aérienne dans la nuit du 14 au 15 mai 2026, à Bara, dans le cercle d’Ansongo. Plusieurs combattants affiliés ont également été neutralisés lors de cette intervention.

Stratégies et rivalités dans le Sahel

L’ISSP cible systématiquement les axes stratégiques reliant le Mali au Niger, notamment Talataye, Tin-Hama, Tessit, Labbezanga et Ménaka. En contrôlant les mouvements des personnes et des marchandises, le groupe renforce son influence sur les groupes armés locaux et consolide sa domination régionale. Cette présence s’inscrit dans un contexte de rivalité persistante avec le JNIM, bien que leurs méthodes diffèrent radicalement.

Alors que le JNIM se distingue par des attaques médiatisées et des opérations spectaculaires, comme celles du 25 avril 2026 autour de Bamako, l’ISSP adopte une approche plus discrète mais tout aussi efficace. Cette division des rôles permet aux deux groupes de coexister malgré les offensives militaires et les tensions internes. Les récents développements sécuritaires au Mali ont même conduit à une trêve temporaire entre les deux factions, bien qu’aucun accord formel n’ait été signé.

Une menace persistante et en évolution

Les données du rapport ACLED en date du 15 mai 2026 révèlent une intensification des activités de l’État islamique en Afrique, avec une hausse des attaques par drones, des assauts motorisés et des pressions économiques ciblant les infrastructures civiles et militaires. L’ISSP exploite les faiblesses locales pour imposer sa gouvernance, comme en témoigne l’attaque d’un convoi civil escorté à Kobé, situé à 35 km de Gao, le 7 février 2026.

Malgré la neutralisation de cadres clés, comme Abu-Bilal Al-Minuki lors d’une opération conjointe Nigéria – États-Unis dans le bassin du lac Tchad le 16 mai 2026, la menace de l’ISSP persiste dans le nord-est malien. Les localités des « 3 T » et Labbezanga restent des bastions où l’influence du groupe s’enracine, malgré les efforts militaires et les pressions internationales. La frontière nigéro-malienne, en particulier, constitue une zone critique où la présence de l’État islamique menace la stabilité régionale.

Face à cette situation, la nécessité d’intensifier les opérations militaires dans ces zones stratégiques s’impose comme une priorité absolue pour briser l’emprise de l’ISSP et restaurer la sécurité dans le nord-est du Mali.