Politique
pouvoir vacant au Cameroun : que dit la loi ?
Depuis son départ pour un « court séjour privé » en Europe le 7 juin 2026, la question de la vacance du pouvoir au Cameroun agite les débats. Retour sur les dispositions constitutionnelles qui encadrent cette situation.
Un séjour prolongé qui interroge
Le président Paul Biya, âgé de 93 ans, a quitté le Cameroun le 7 juin 2026 pour un séjour en Suisse, officiellement présenté comme un « court séjour privé ». Pourtant, plus de six semaines après son départ, le chef de l’État n’a toujours pas regagné Yaoundé. Cette absence prolongée, couplée à l’absence de publications de décrets depuis l’étranger, alimente les spéculations sur l’état de santé du président et la possibilité d’une vacance du pouvoir.
Dans un éditorial diffusé sur les ondes de la Radio Tiémeni Siantou (90.5 FM), Éric Boniface Tchouakeu soulève cette question épineuse. « Peut-on parler de vacance du pouvoir au Cameroun simplement parce que le président séjourne à l’étranger ? », interroge-t-il.
Ce que dit la Constitution camerounaise
Contrairement aux idées reçues, la loi fondamentale du Cameroun ne fixe aucune limite au nombre de jours que le président peut passer hors du territoire national. Ainsi, un séjour prolongé à l’étranger ne constitue pas, en soi, une vacance du pouvoir.
Selon l’article 10 de la Constitution, la vacance du pouvoir ne peut être constatée que dans trois cas précis :
- le décès du président en exercice ;
- sa démission ;
- ou son empêchement définitif.
Cependant, la notion d’« empêchement définitif » reste floue. Aucune loi ne précise ce que recouvre exactement cette notion, laissant une marge d’interprétation importante.
En l’absence de décès, de démission ou d’empêchement clairement établi, la vacance du pouvoir ne peut donc être officiellement déclarée, même après plusieurs semaines d’absence.
Une situation inédite mais légale
Le Cameroun n’est pas le premier pays à voir son président diriger depuis l’étranger. La Constitution camerounaise ne prévoit aucune restriction à cette pratique, tant que les actes officiels sont signés et que les institutions fonctionnent normalement.
Pourtant, cette situation soulève des questions d’ordre éthique et politique. La lenteur dans la formation du gouvernement après l’élection présidentielle d’octobre 2025, ainsi que l’absence de nomination d’un vice-président depuis la réintroduction de ce poste, alimentent les doutes sur la capacité des institutions à fonctionner de manière optimale.
Depuis plus de 40 ans au pouvoir, Paul Biya n’a jamais signé de décret depuis l’étranger. Cette absence de pratique pourrait expliquer pourquoi certains observateurs s’interrogent sur l’efficacité de la gouvernance à distance.
En définitive, si le séjour prolongé de Paul Biya en Suisse suscite des interrogations légitimes, il ne remet pas en cause la légalité du pouvoir en place. La Constitution camerounaise encadre strictement les conditions de vacance du pouvoir, et aucune de ces conditions n’est actuellement remplie.
Reste à savoir si cette situation prolongée ne finira pas par éroder la confiance des Camerounais dans leurs institutions.
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