23 septembre 2026
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Un accord suspendu qui révèle des fractures profondes

Le 18 septembre, Libreville a officiellement validé l’ouverture de pourparlers avec Bruxelles en vue d’un nouvel accord de partenariat de pêche durable. Derrière cette annonce, un constat s’impose : le précédent cadre, dénoncé le 4 juin 2025, n’a jamais tenu ses promesses. Les navires européens ne disposent plus d’aucun cadre légal pour opérer dans les eaux gabonaises depuis l’expiration du protocole, le 28 juin 2026, et la clause d’exclusivité empêche tout contournement par des autorisations isolées.

Pour le Gabon, cette renégociation ne se limite donc pas à rouvrir un simple accès. Elle vise à corriger un déséquilibre flagrant entre les droits accordés et les retombées réelles pour l’économie nationale.

Un modèle économique qui n’a pas produit les effets escomptés

L’ancien protocole tablait sur une capacité de référence de 32 000 tonnes pour calculer la contribution européenne, sans aucune garantie de capture. En échange, l’Union européenne versait 1,6 million d’euros par an, complété par un million d’euros annuel dédié au développement du secteur.

Dans les faits, l’écart entre les intentions et la réalité est frappant. Entre 2022 et 2024, les navires européens n’ont capturé en moyenne que 10 604 tonnes par an. Sur les 27 autorisations pour thoniers senneurs, 54 % seulement ont été utilisées. Les six licences réservées aux canneurs n’ont, quant à elles, jamais été activées.

Ces chiffres devraient mécaniquement peser sur la renégociation : nombre de navires, prix d’accès à la tonne et modalités de calcul de la contribution européenne seront au cœur des débats.

De l’accès à la ressource à la création de valeur locale

Le véritable enjeu se situe ailleurs. L’ancien accord prévoyait que 30 % au moins des captures soient transbordées dans un port gabonais, sous réserve de conditions économiques acceptables. En pratique, ces dispositions sont restées lettre morte. Les navires européens ont rarement fréquenté les infrastructures gabonaises, préférant débarquer et transformer leurs prises en Côte d’Ivoire.

Résultat : le Gabon n’aurait capté que 23 % de la valeur ajoutée générée, contre 47 % pour d’autres acteurs, notamment en Côte d’Ivoire et au Sénégal, via les activités portuaires, les emplois embarqués et la transformation. La prochaine négociation devra trancher : le Gabon se contentera-t-il de monétiser l’accès à sa ressource, ou cherchera-t-il à bâtir une chaîne de valeur ancrée sur son territoire ?

La question des débarquements, des infrastructures portuaires, de la transformation et de l’emploi national devient dès lors aussi cruciale que le montant de la compensation financière.

Un financement sectoriel en panne

Autre point de friction : l’appui sectoriel. Sur les 5 millions d’euros prévus sur cinq ans, seuls 2 millions avaient été transférés au moment de l’évaluation menée entre décembre 2024 et mai 2025. À peine plus de 20 % de l’enveloppe pluriannuelle avait été consommée. Des infrastructures sont restées inachevées, et les indicateurs retenus mesuraient davantage l’exécution de livrables que leurs effets économiques réels.

Des failles techniques à corriger impérativement

Les négociations devront également s’attaquer à plusieurs défaillances. Le précédent dispositif prévoyait l’embarquement de marins gabonais qualifiés, mais aucune liste conforme n’a jamais été transmise aux armateurs européens. Les compensations en cas de non-embarquement n’ont donc pas été appliquées.

Le contrôle des captures doit aussi être renforcé. Le système électronique de déclaration n’était pas totalement opérationnel, et des divergences de méthode entre les deux parties ont produit des écarts dans les données. Dans ce contexte, la transparence des volumes réellement pêchés devient un préalable à toute évaluation fiable du partenariat.

L’évaluation européenne recommande d’ailleurs de reconsidérer les six licences inutilisées pour les canneurs et d’ajuster le nombre d’autorisations pour les senneurs.

Vers un partenariat mesurable et souverain

La prochaine négociation ne se résumera pas à un montant versé par Bruxelles en échange d’un accès aux eaux gabonaises. Elle devra définir les conditions d’un partenariat où chaque tonne pêchée génère des retombées identifiables pour l’économie gabonaise : revenus, emplois, débarquements, transformation et développement des infrastructures.

Pour Libreville comme pour Bruxelles, l’heure est à l’analyse lucide du précédent accord. Le futur partenariat sera jugé moins sur ses engagements théoriques que sur sa capacité à produire des résultats vérifiables. Pour le Gabon, cette renégociation ouvre une séquence décisive où la ressource halieutique devient un instrument potentiel de souveraineté économique et de création de valeur locale.