9 juin 2026
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Une ombre portée sur la liberté d’expression au Sénégal

Au cœur de la vie politique sénégalaise, une tension palpable mine le climat démocratique. Depuis l’arrivée de Bassirou Diomaye Faye à la présidence et l’élection d’Ousmane Sonko à la tête de l’Assemblée nationale, les échanges se tendent. Les responsables de la société civile et les journalistes tirent la sonnette d’alarme face à une ambiance d’intimidation grandissante. Critiquer Ousmane Sonko expose désormais à des campagnes de harcèlement en ligne orchestrées par les partisans les plus radicaux de son parti, le Pastef.

Cette dynamique pousse les voix dissidentes à l’autocensure, par crainte de représailles numériques ou physiques. Les critiques envers Sonko deviennent un pari dangereux dans un paysage médiatique où la liberté de la presse est de plus en plus contestée. Dès son entrée en fonction à la Primature en avril 2024, Sonko a multiplié les déclarations hostiles envers les médias :

« Nous ne tolérerons plus que des organes de presse publient des allégations sans fondement, sous couvert de liberté d’expression, au mépris des règles élémentaires de rigueur journalistique. »

Quand la justice devient une cible politique

Ousmane Sonko n’épargne pas non plus le système judiciaire sénégalais. En novembre 2025, lors d’une réunion publique, il a vivement critiqué certains magistrats, les accusant de freiner les enquêtes financières et de perpétuer, selon lui, les dérives de l’ancien régime. Ces propos ont suscité une vive réaction parmi les professionnels du droit, qui y voient une atteinte à leur indépendance.

Les droits des femmes, un domaine en recul

L’impact des politiques actuelles se fait aussi sentir sur les droits des femmes. Plusieurs militantes dénoncent un affaiblissement des acquis. Ossama Monique Sagna, figure féministe reconnue, pointe du doigt l’absence de mise en œuvre effective de la loi sur la parité, adoptée en 2010. « Le gouvernement actuel compte moins de femmes ministres que le précédent, un recul flagrant dans la représentation féminine au sommet de l’État, » explique-t-elle. En effet, le cabinet de Macky Sall comptait sept femmes, contre seulement quatre dans celui d’Ousmane Sonko, avant sa récente restructuration. Ce chiffre, soit environ 13 %, a alimenté les débats et nourri un sentiment de désillusion dans l’opinion publique.

Ossama Monique Sagna rappelle que les revendications féministes restent identiques depuis des années : réforme du Code de la famille, application du protocole de Maputo, lutte contre les féminicides et les violences basées sur le genre. « Les réponses politiques manquent cruellement de suivi. Malgré une hausse alarmante des cas de féminicides, avec 18 signalements en 2025, les autorités tardent à agir avec la fermeté nécessaire, » déplore-t-elle.

Dans ce contexte, la société sénégalaise doit faire face à un paradoxe : une démocratie en apparence vibrante, mais où la critique devient un luxe, et où certains droits fondamentaux semblent reculer. Le débat public, déjà fragile, se trouve pris en étau entre l’exigence de transparence et la peur des représailles.