16 mai 2026
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Alors que l’Europe célèbre les droits LGBTQIA+ lors de la Pride de Bruxelles, le Sénégal adopte une législation toujours plus répressive. À Dakar, une nouvelle loi vient d’être promulguée, transformant ce pays, jusqu’ici considéré comme un bastion de stabilité en Afrique de l’Ouest, en l’un des États les plus hostiles aux personnes homosexuelles sur le continent.

Le président Bassirou Diomaye Faye a signé un texte qui double les peines maximales pour les « actes contre nature », passant de 5 à 10 ans d’emprisonnement. Les amendes, quant à elles, ont été multipliées par dix, pouvant atteindre 10 millions de francs CFA (environ 15 000 euros). Cette loi, présentée comme un projet de « souveraineté nationale » par le Premier ministre Ousmane Sonko, a été adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale sénégalaise le 11 mars 2026, sans aucune opposition.

Manifestants sénégalais brandissant une pancarte 'non à l’homosexualité' lors d’une manifestation à Dakar

Une vague d’arrestations et un climat de terreur

Depuis l’entrée en vigueur de cette loi, plus d’une centaine de personnes soupçonnées d’homosexualité ont été interpellées. Certains préfèrent se réfugier en prison plutôt que d’affronter les lynchages perpétrés par des groupes autoproclamés « justiciers ». Un jeune Dakarois confie sous couvert d’anonymat :

« À tout moment, tu te dis qu’on peut venir t’attraper. Tu es obligé de vivre caché. Avoir peur tout le temps, ce n’est pas une vie. »

Cette peur généralisée est alimentée par une propagande orchestrée par des figures religieuses et politiques. Un ingénieur français récemment arrêté raconte l’humiliation subie lors de son interpellation :

« Ils ont frappé à la porte, il a ouvert, ils l’ont chopé. La tactique utilisée est celle de la rafle. Personne n’est désormais à l’abri. »

Une manœuvre politique aux relents religieux

Le groupe religieux And Sàmm Jikko Yi, qui a milité activement pour l’adoption de cette loi, qualifie les personnes LGBTQIA+ de « danger public ». Son président, l’imam Babacar Sylla, va jusqu’à accuser sans preuve cette communauté de « propager délibérément des maladies », affichant un manque total d’empathie.

Cette rhétorique, reprise par le gouvernement, sert à détourner l’attention d’une crise économique persistante. Les autorités présentent l’homosexualité comme une « importation occidentale », incompatible avec les valeurs sénégalaises.

Un recul des droits humains aux conséquences dramatiques

La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) alerte sur les dangers de cette loi. Drissa Traoré, secrétaire général de l’organisation, déclare :

« Une loi comme celle-ci ne protège personne : elle expose davantage encore des personnes déjà vulnérables aux violences, aux arrestations arbitraires et aux humiliations. »

Les conséquences sanitaires sont également préoccupantes. Les dépistages du VIH chutent, car les personnes craignent d’être traquées en possession de préservatifs ou de lubrifiants. Pour une personne séropositive, l’accès aux traitements devient un parcours du combattant, mettant en péril des années de progrès en santé publique.

Avec cette loi, le Sénégal rejoint les 31 pays africains qui criminalisent l’homosexualité, aux côtés de l’Ouganda et du Nigeria, où la répression est déjà parmi les plus sévères au monde. Pour les personnes concernées, l’exil ou le silence deviennent les seules alternatives.