
Un discours à l’ONU, mais des usines à l’arrêt
Le Premier ministre nigérien Ali Mahaman Lamine Zeine a prononcé un discours à la 81ᵉ Assemblée générale des Nations unies, réaffirmant les thèmes de la souveraineté économique et de la rupture avec le néocolonialisme. Pourtant, derrière les applaudissements diplomatiques, la réalité des chiffres est tout autre : la SOMAÏR et la SONIDEP, piliers de l’économie nationale, affichent des résultats catastrophiques.
SOMAÏR : l’uranium d’Arlit en chute libre
Depuis que le régime du général Abdourahamane Tiani a pris le contrôle opérationnel de la Société des mines de l’Aïr (SOMAÏR) et écarté le partenaire français Orano, la production d’uranium s’est effondrée d’environ 80 %. Ce désastre industriel s’explique par plusieurs facteurs :
- Chaînes d’approvisionnement rompues : l’acheminement des réactifs chimiques essentiels, comme l’acide sulfurique, est bloqué, paralysant le site d’Arlit.
- Blocage commercial : sans réseaux de distribution fiables ni certificats d’exportation, des tonnes de yellowcake restent stockées sur place, invendues.
- Impact social : les sous-traitants locaux ne sont plus payés, les emplois disparaissent et les recettes fiscales attendues pour financer les services publics s’évaporent.
Changer de drapeau sur le portail d’une usine ne suffit pas à la faire fonctionner. En matière d’ingénierie minière, les slogans ne remplacent ni la compétence technique ni la rigueur de gestion.
SONIDEP : un trou de 25 milliards de FCFA
La Société nigérienne des produits pétroliers (SONIDEP), placée au cœur de la stratégie de commercialisation du brut via le pipeline vers les côtes béninoises, devait être le moteur financier du pays. Au lieu de cela, elle affiche une perte abyssale estimée à plus de 25 milliards de francs CFA, selon des bilans internes.
Ce chiffre illustre l’échec du modèle de gestion militaire : la SOMAÏR voit sa production s’effondrer de près de 80 %, tandis que la SONIDEP accumule un déficit record au lieu d’alimenter les caisses de l’État. Ensemble, ces deux fleurons publics symbolisent un système d’évaporation des ressources publiques sous couvert de nationalisme.
Comment une société nationale détenant le monopole de la distribution pétrolière dans un pays censé devenir exportateur majeur peut-elle creuser un tel gouffre ? L’absence de bilans certifiés et le silence du ministère des Pétroles nourrissent les suspicions : mauvaise gestion, contrats opaques, intermédiaires douteux et surfacturations.
La souveraineté ne peut pas tout justifier
Face à cette déroute industrielle, le tandem Tiani-Zeine a un réflexe bien rodé : accuser la CEDEAO, les sanctions internationales, l’impérialisme ou les régimes précédents. Mais les Nigériens attendent des comptes :
- Où sont les rapports d’audit promis après le coup d’État de juillet 2023 ?
- Comment sont négociés les contrats de vente du pétrole et de l’uranium ?
- À quoi servent les recettes encaissées si les entreprises nationales font faillite ?
La véritable souveraineté se mesure aux actes : des entreprises publiques qui créent de la valeur, des salaires payés à temps, des investissements dans les services de base et une transparence totale sur les finances publiques.
En utilisant l’argument patriotique pour masquer les faillites de la SOMAÏR et de la SONIDEP, le CNSP détourne le sens même du mot souveraineté. Le peuple nigérien ne se nourrit pas de discours à l’ONU : il a besoin d’une économie qui fonctionne.







