13 juin 2026
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Lors d’une visite officielle à Diourbel, au cœur du Sénégal, Moussa Balla Fofana, ministre en exercice, a réintroduit un sujet brûlant des politiques publiques : la mendicité des enfants talibés. Cette pratique, ancrée dans les traditions éducatives et religieuses du pays, est désormais considérée comme l’une des problématiques les plus pressantes de la société sénégalaise. Le gouvernement, conscient de l’urgence, semble déterminé à agir sur un dossier où se mêlent enjeux sociaux, religieux et sécuritaires.

Diourbel, cœur névralgique du phénomène talibé

Le choix de se rendre à Diourbel n’est pas fortuit. Cette zone, située à proximité de Touba et au cœur de la région mouride, abrite un nombre considérable de daaras, ces écoles coraniques accueillant chaque année des milliers d’enfants, souvent originaires de zones rurales ou de pays voisins. C’est dans ce cadre religieux et éducatif que s’inscrit la pratique controversée : des mineurs envoyés dans les rues pour mendier, sous prétexte d’apprentissage spirituel.

Moussa Balla Fofana, en abordant ce sujet délicat, soulève une tension majeure. Toute intervention publique sur les talibés doit concilier le respect des confréries religieuses, le rôle traditionnel des maîtres coraniques et l’impérieuse nécessité de protéger ces enfants exposés à des dangers constants : accidents, exploitation ou conditions de vie précaires. Malgré les multiples promesses gouvernementales passées visant à retirer ces enfants de la rue, la pratique persiste, sans solution durable.

Un problème aux racines profondes

Le ministre a mis en lumière le caractère structurel de ce fléau. Derrière la mendicité infantile se cachent des causes multiples : pauvreté rurale, migrations internes, gestion opaque des daaras et protection insuffisante de l’enfance. Depuis les années 2000, les gouvernements successifs ont évoqué la modernisation de ces écoles coraniques, mais les avancées restent limitées. Bien que des textes législatifs, comme le code de protection de l’enfance ou les lois criminalisant la mendicité forcée, existent, leur application dépend largement des dynamiques locales et des rapports de force.

Pour l’exécutif actuel, issu de l’alternance politique de 2024, ce dossier représente un test décisif. Le président Bassirou Diomaye Faye a fait du relèvement social l’un de ses piliers, avec un accent particulier sur la jeunesse, la formation et la dignité des familles. S’attaquer frontalement à la mendicité des talibés revient à bousculer un équilibre fragile, que peu de gouvernements ont osé remettre en cause. Les défenseurs des droits de l’enfant alertent régulièrement sur les conditions de vie dans certains daaras urbains, où la promiscuité, les violences et l’absence de soins médicaux ont été documentés par des enquêtes d’ONG ces dernières années.

Quelles solutions concrètes pour enrayer le phénomène ?

Le discours de Moussa Balla Fofana, prononcé devant les acteurs locaux, laisse entrevoir des mesures imminentes. Trois axes prioritaires se dégagent : la modernisation et la régulation des daaras, le contrôle renforcé des flux d’enfants éloignés de leur foyer, et l’accompagnement socio-économique des familles les plus vulnérables, souvent à l’origine de l’envoi des enfants en apprentissage coranique. Cependant, le succès de toute initiative dépendra de la capacité du gouvernement à dialoguer avec les autorités religieuses, notamment celles de Touba, Tivaouane et Médina Baye, sans rompre le dialogue.

Un autre défi majeur se pose : les moyens financiers et humains. La protection des enfants en situation de rue, leur scolarisation et leur prise en charge dans des daaras réformés nécessitent un budget pérenne et une coordination interministérielle efficace, impliquant les ministères de l’Éducation, des Affaires sociales, de l’Intérieur et de la Justice. Les opérations ponctuelles de retrait des enfants des rues, déjà expérimentées à Dakar, se sont souvent soldées par un retour des mineurs en mendicité après quelques semaines, faute de suivi.

La visite de Moussa Balla Fofana à Diourbel marque une volonté claire de décentraliser la réflexion et d’ancrer le débat dans les territoires les plus touchés, loin des seules discussions ministérielles dakaroises. L’enjeu désormais est de transformer ces déclarations en une feuille de route concrète, attendue avec impatience par les associations de protection de l’enfance et les familles concernées. Le ministre a d’ailleurs confirmé la poursuite des consultations avec les acteurs locaux pour élaborer des solutions adaptées.