24 juillet 2026
2e0814d8-130c-4c93-821a-9413184ba13c

Massacres de civils au Mali : l’armée et les milices dozos dans le viseur

Des exactions meurtrières ont frappé deux villages de la région de Ségou, dans le centre du Mali, les 2 et 13 octobre. Selon les témoignages recueillis, des soldats des Forces armées maliennes (FAMA) accompagnés de miliciens dozos ont exécuté au moins 31 civils et incendié des habitations. Ces événements s’inscrivent dans un contexte de tensions persistantes entre les autorités maliennes et les groupes armés islamistes, notamment le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda.

Des attaques ciblées contre des villages sous influence djihadiste

Le 2 octobre, vers 10 heures, des unités militaires maliennes, appuyées par des miliciens dozos, ont fait irruption dans le village de Kamona. Armés de pick-ups et de véhicules blindés, ces forces ont traqué les hommes présents, accusés de collaboration avec le GSIM. D’après les récits des survivants, les combattants djihadistes avaient alerté les habitants de l’arrivée imminente des militaires, poussant une partie de la population à fuir. Ceux qui n’ont pas pu s’échapper ont été regroupés et abattus sommairement.

Les assaillants ont également incendié au moins 10 habitations et 3 hangars, principalement ceux appartenant à des membres de l’ethnie peule. Un berger de 40 ans, témoin des faits, a découvert 17 corps sous un arbre. « Les gens étaient criblés de balles. L’un d’eux avait la tête fracassée », a-t-il témoigné. Une fosse commune a été creusée pour y déposer les dépouilles, tandis que quatre autres corps ont été retrouvés plus au nord.

Les victimes de Kamona étaient toutes des hommes âgés de 20 à 65 ans. Les villageois estiment que d’autres exécutions ont eu lieu dans la brousse, mais la peur des représailles a empêché toute vérification. « Nous avons entendu dire qu’au moins 15 autres hommes avaient été tués ce jour-là, mais nous n’avons pas osé nous approcher », a confié un habitant.

Balle : un nouveau massacre dix jours plus tard

Le 13 octobre, un scénario similaire s’est répété dans le village de Balle, situé à environ 55 kilomètres de Kamona. Vers 13 heures, des soldats maliens à bord de cinq pick-ups et des miliciens dozos à moto ont fait irruption dans la localité. Certains habitants ont fui, tandis que d’autres ont été victimes de violences. Un jeune homme de 24 ans a raconté : « Je me suis caché. Depuis ma cachette, j’ai entendu des coups de feu et vu les soldats frapper les hommes à coups de pied et de poing. »

Au total, 10 civils ont été tués, dont une femme de 55 ans. Les assaillants ont également volé plus de 100 têtes de bétail. Les corps des victimes, criblés de balles et parfois mutilés, ont été retrouvés au centre du village. Une femme de 21 ans a décrit l’assassinat de sa mère : « Elle a crié en reprochant aux soldats leurs exactions. Ils l’ont emmenée avec les hommes et l’ont abattue. »

Un contexte de siège et de représailles

Ces attaques surviennent alors que le GSIM assiège Bamako depuis début septembre, perturbant l’approvisionnement en carburant de la capitale et forçant les autorités à suspendre temporairement les activités scolaires et universitaires. Dans cette zone sous contrôle djihadiste, les villageois ont expliqué avoir payé la zakat au GSIM pendant des années. « S’il y a des conflits, ce sont les djihadistes qui les règlent. Il n’y a ni soldats ni policiers ici. L’armée ne fait pas de distinction entre eux et nous », a dénoncé un habitant de Balle.

Les Forces armées maliennes ont justifié leur intervention en affirmant avoir « neutralisé une vingtaine de terroristes » et saisi du matériel militaire. Pourtant, les témoignages recueillis confirment l’absence d’affrontements et la présence exclusive de civils parmi les victimes.

Une impunité persistante et des appels à l’action

Depuis 2012, le Mali est en proie à un conflit armé opposant les autorités aux groupes islamistes. Ces violences ont causé la mort de milliers de civils et déplacé plus de 400 000 personnes. Les exactions commises par les forces maliennes, les milices alliées et les groupes djihadistes sont régulièrement documentées. Pourtant, les mécanismes de reddition de comptes restent inefficaces.

Les autorités maliennes sont appelées à mener des enquêtes crédibles et impartiales sur ces massacres. « Les responsables doivent être traduits en justice dans le cadre de procès équitables », a insisté une source proche du dossier. Par ailleurs, l’Union africaine (UA) est invitée à renforcer ses efforts diplomatiques et à coordonner les actions régionales pour mettre fin à l’impunité.

Toutes les parties au conflit sont tenues de respecter le droit international humanitaire, qui interdit les attaques contre les civils, les exécutions sommaires et les traitements inhumains. Malgré le retrait du Mali de la Cour pénale internationale (CPI), le pays reste lié au Statut de Rome jusqu’en septembre 2026, laissant une fenêtre pour une éventuelle intervention judiciaire.

Face à l’aggravation de la crise, la communauté internationale est appelée à agir pour protéger les populations civiles et garantir la justice pour les victimes.