Le Maroc se dote d’un cadre ambitieux pour une finance verte transparente et performante
Le Royaume du Maroc franchit une étape décisive dans la mise en place de sa finance durable avec le lancement d’une taxonomie financière verte en consultation publique. Ce référentiel, élaboré conjointement par le ministère de l’Économie et des Finances, Bank Al-Maghrib, l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC), l’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale (ACAPS) ainsi que le ministère de la Transition énergétique, vise à définir des critères objectifs pour identifier les investissements véritablement alignés sur les ambitions climatiques du pays.
Destiné aux banques, investisseurs, assureurs et entreprises, cet outil permettra de qualifier les projets durables, d’évaluer les risques climatiques et d’orienter les flux financiers vers les secteurs les plus vertueux. Selon les autorités, cette taxonomie repose sur des normes scientifiques et techniques rigoureuses pour garantir une transparence sans faille et éviter les dérives du greenwashing.
Des critères stricts pour une transition crédible et mesurable
Chaque activité économique devra respecter des conditions précises pour être éligible à la finance verte. Trois principes fondamentaux guident cette démarche :
- Contribution substantielle aux objectifs environnementaux nationaux ;
- Respect du principe de « non-préjudice significatif » envers d’autres enjeux climatiques ;
- Respect de garanties sociales minimales dans les processus industriels et énergétiques.
Cette approche marque un tournant dans la régulation financière marocaine : la qualification d’un investissement vert ne reposera plus sur des déclarations d’intention, mais sur des indicateurs vérifiables et audités. Les établissements financiers pourront ainsi affiner leur analyse des risques climatiques et renforcer la confiance des investisseurs institutionnels.
Un ciblage stratégique : énergie, transport et industrie en première ligne
Le Maroc a choisi de concentrer ses efforts sur trois secteurs clés, responsables d’une grande partie des émissions nationales de gaz à effet de serre :
- L’énergie : les projets solaires et éoliens sont automatiquement considérés comme compatibles avec la transition. Le référentiel impose un seuil maximal de 100 gCO₂e/kWh pour qualifier une production d’électricité comme bas carbone ;
- Le transport : développement des mobilités durables et électrification progressive ;
- L’industrie : ciment, acier, aluminium et engrais phosphatés sont particulièrement concernés.
Une trajectoire ambitieuse a été fixée pour le secteur énergétique : l’intensité carbone du mix électrique marocain devra passer de 428 gCO₂e/kWh en 2026 à seulement 16 gCO₂e/kWh en 2050, offrant ainsi une visibilité claire aux investisseurs sur la décarbonation progressive du système.
Flexibilité et contrôle : une transition encadrée pour les infrastructures existantes
Le projet marocain évite une approche radicale en reconnaissant la nécessité d’une transition graduelle pour certaines installations. Les infrastructures existantes pourront accéder à des financements durables si elles présentent un plan crédible de réduction des émissions, incluant des améliorations d’efficacité énergétique, un changement de combustible ou l’adoption de technologies de captage du carbone.
Pour garantir l’intégrité du système, des mécanismes de contrôle stricts ont été prévus :
- Traçabilité de l’électricité produite et consommée ;
- Vérification des contrats d’achat d’énergie ;
- Suivi des certificats associés pour éviter les doubles comptages.
À l’inverse, les activités jugées incompatibles avec les objectifs climatiques seront exclues du périmètre de la finance verte, marquant ainsi une rupture claire avec les modèles polluants.
Une vision intégrée : finance verte et compétitivité industrielle
La taxonomie marocaine dépasse le cadre énergétique et s’étend à l’ensemble de l’industrie. Les entreprises du ciment, de l’acier, de l’aluminium et des engrais phosphatés devront désormais démontrer leur capacité à réduire leurs émissions, à optimiser leur efficacité énergétique et à renforcer la traçabilité de leurs procédés pour accéder aux nouveaux financements durables.
Cette évolution répond aux exigences croissantes des marchés internationaux, où les critères environnementaux deviennent un facteur déterminant de compétitivité. Elle s’inscrit dans une stratégie globale incluant la Stratégie de développement de la finance climat à l’horizon 2030, la Contribution déterminée au niveau national (CDN 3.0) et la Stratégie nationale bas carbone (SNBC) à l’horizon 2050.
Cette cohérence d’ensemble illustre la volonté du Maroc de faire de la finance climatique un levier de stabilité financière, d’allocation optimale du capital et de transformation du modèle économique.
Consultation publique : une étape clé avant adoption
La consultation publique, ouverte jusqu’au 31 juillet 2026, constitue une phase essentielle avant l’adoption définitive du dispositif. Les autorités sollicitent les retours des acteurs financiers sur les critères techniques, les modalités de mise en œuvre progressive et les besoins d’accompagnement sectoriel.
Cette démarche collaborative vise à affiner un outil qui pourrait bien devenir un modèle régional en matière de finance verte, combinant rigueur environnementale, pragmatisme économique et ambition climatique.