Moussa Ag Acharatoumane : « les Maliens soutiennent leur armée et leur gouvernement de transition »
Au Mali, les autorités de transition, dirigées par le colonel Assimi Goïta, font face à une escalade sans précédent des attaques jihadistes et indépendantistes. Le 25 avril, les groupes armés du Jnim (lié à al-Qaïda) et du FLA ont mené des offensives coordonnées, causant la mort du ministre de la Défense, le général Sadio Camara, et s’emparant de Kidal. Bamako est désormais sous blocus, mais l’armée malienne et ses alliés de l’Africa Corps russe maintiennent leur résistance. Moussa Ag Acharatoumane, membre du Conseil national de transition et porte-parole du MSA, un groupe allié des autorités, partage son analyse sur la situation.

Question : Depuis les attaques du 25 avril, certains observateurs estiment que le pouvoir de transition est affaibli. Pourtant, les soutiens des militaires appellent à l’unité nationale. Pour vous, Assimi Goïta reste-t-il le président dont le Mali a besoin ?
Moussa Ag Acharatoumane : Absolument. Assimi Goïta incarne la stabilité nécessaire au Mali. Malgré la violence des attaques du 25 avril, l’État malien résiste et agit. Les forces de défense et de sécurité ont repoussé les assauts terroristes, malgré des complices internes et externes. Aujourd’hui, l’armée malienne est unie, le commandement est soudé, les soldats sur le terrain gardent le moral et les opérations se poursuivent sur tout le territoire. Non seulement le régime est solide, mais c’est le peuple malien lui-même qui fait preuve d’une résilience remarquable. Les Maliens soutiennent leur armée, leur gouvernement et leur pays.
Question : L’alliance entre les jihadistes du Jnim et les indépendantistes du FLA vous semble-t-elle durable ?
Cette alliance est une erreur stratégique. Ceux qui ont choisi de s’allier à al-Qaïda n’ont pas tiré les leçons de 2012, lorsque cette même dynamique avait plongé le Mali dans le chaos. Une partie des responsables du FLA ignore que certaines de leurs familles ont été décimées par al-Qaïda, ou que cette organisation a assassiné les journalistes Ghislain Dupont et Claude Verlon à Kidal en 2013. Cette coalition est contre nature. Le MSA et le Gatia ont fait le choix inverse en s’alliant à l’armée malienne pour combattre le terrorisme international. Nos frères du FLA doivent comprendre l’ampleur de leur erreur et revenir sur leur décision.
Question : Les dirigeants du FLA affirment que leur alliance avec le Jnim est purement militaire et ne cache aucun projet politique commun. Qu’en pensez-vous ?
Les faits parlent d’eux-mêmes. Le Jnim et le FLA ont défilé ensemble à Kidal sous des drapeaux noirs, symbole de leur projet commun. L’organe officiel d’al-Qaïda a publiquement revendiqué cette alliance, et Iyad Ag Ghali, chef du Jnim, a coordonné les opérations à Kidal aux côtés d’Alghabass Ag Intallah, un dirigeant du FLA. Ces éléments démontrent clairement une coordination bien au-delà du militaire. Nos frères sont dans l’erreur et doivent rectifier le tir.
Question : Le Jnim et le FLA contrôlent désormais Kidal et Tessalit. L’armée malienne et l’Africa Corps russe restent positionnés à Aguelhoc et Anéfis. Une contre-offensive est-elle prévue dans la région de Kidal ?
Les forces de défense et de sécurité maliennes sont en pleine réorganisation et restent déterminées. Elles sont présentes dans la région de Kidal et mènent des opérations sur l’ensemble du territoire. Elles ne céderont aucun centimètre à des organisations terroristes. Le général El Hadj Ag Gamou, gouverneur de Kidal, est actuellement en poste à Gao. Il supervise la région avec détermination et n’a aucun rôle direct dans les offensives, qui relèvent de l’armée.
Question : Dans votre région de Ménaka, l’armée malienne et l’Africa Corps russe ont repoussé fin avril les attaques de l’État islamique, un rival du Jnim. Quelle est la situation actuelle sur place ?
À Ménaka, la situation est sous contrôle. L’administration a repris ses activités, la vie quotidienne a repris son cours et les forces de sécurité, avec leurs partenaires, assurent des patrouilles régulières. Cependant, la menace terroriste persiste. Nous sommes en guerre contre l’une des organisations les plus dangereuses au monde. La vigilance reste de mise, mais pour l’instant, Ménaka est calme.
Question : Certains opposants, comme la Coalition des forces pour la République, prônent le dialogue avec le Jnim et le FLA. Pourtant, depuis dix ans, toutes les concertations nationales, y compris celles organisées sous la Transition, excluent cette option. Le pouvoir actuel refuse catégoriquement d’engager des négociations. Vous y êtes-vous favorable ?
Dialoguer avec des groupes ayant pour projet de détruire notre pays est impensable. L’État malien a pour mission de protéger sa population et son intégrité territoriale. Il n’y a rien à négocier avec ces organisations en l’état actuel des choses. En revanche, si certains de nos frères reviennent à de meilleurs sentiments et abandonnent la violence, il y aura une place pour eux au sein de la nation. Mais cela ne peut se faire sous la menace d’armes ou dans l’objectif de diviser le Mali.