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Mali : Goïta face aux groupes armés, les réactions qui dessinent l’avenir du pays

Le président Malien Assimi Goïta lors de la cérémonie de clôture de la formation de 2 400 nouvelles recrues des Forces armées maliennes, à Bamako. © Présidence du Mali

Alors que les groupes armés multiplient les attaques au Mali, les récentes initiatives d’Assimi Goïta, notamment le renforcement des effectifs militaires, suscitent des réactions contrastées. Entre espoirs de stabilisation et scepticisme sur leur efficacité, le débat va bien au-delà des casernes : il façonne l’avenir politique et sécuritaire du pays. Que faut-il attendre de cette stratégie militaire ?

Un pari militaire risqué mais nécessaire

Face à l’intensification des violences perpétrées par le GSIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans) et d’autres factions, le président Assimi Goïta a choisi une réponse musclée. La récente cérémonie de Bamako, marquée par l’intégration de 2 400 nouvelles recrues dans l’armée malienne, illustre cette volonté de prendre le taureau par les cornes. Mais est-ce suffisant pour inverser la tendance ?

Les observateurs s’interrogent sur la capacité des Forces armées maliennes (FAMa) à absorber et exploiter efficacement ces renforts. Les défis logistiques restent immenses : équipements défaillants, manque de coordination avec les partenaires internationaux, et zones d’opérations de plus en plus étendues. Pourtant, les autorités mise sur un effet psychologique : montrer aux populations et aux groupes armés que Bamako ne baisse pas les bras.

Réactions populaires : entre soutien massif et critiques acerbes

Dans les rues de Bamako et des grandes villes, les avis divergent. Une frange de la population salue une « bouffée d’oxygène » pour une armée en difficulté chronique. « Enfin, du concret ! », s’exclame un habitant sous couvert d’anonymat. D’autres, plus prudents, pointent du doigt l’effectif encore insuffisant face à l’étendue des territoires contrôlés par les groupes armés.

Les militants des droits humains expriment, quant à eux, des craintes récurrentes : une militarisation croissante pourrait aggraver les exactions contre les civils. « La course aux effectifs ne doit pas se faire au détriment des stratégies de protection », rappelle une ONG locale. Les familles des militaires, elles, oscillent entre fierté et inquiétude : « Mon frère a été envoyé à Ménaka, j’espère qu’on ne le retrouvera pas en première ligne… », confie une sœur de soldat.

Les voisins du Sahel face à un dilemme stratégique

Le Mali, en première ligne, n’est pas seul dans cette crise. Les pays de la CEDEAO et du G5 Sahel observent avec attention. Certains, comme le Burkina Faso, ont choisi la même voie du surarmement. D’autres, à l’instar du Niger, privilégient des solutions alternatives, comme des dialogues avec certains groupes armés.

Cette divergence de stratégies alimente les débats : faut-il privilégier la force brute ou explorer des pistes de réconciliation ? Pour le Mali, le défi est de taille : concilier urgence sécuritaire et cohésion régionale.

Et après ? Les scénarios qui se dessinent

À moyen terme, trois scénarios principaux se profilent pour le Mali. Le plus optimiste verrait l’armée malienne, épaulée par des partenaires extérieurs, reprendre progressivement le contrôle des zones perdues. Cela nécessiterait un effort budgétaire colossal et une coopération renforcée avec les forces étrangères.

Le scénario intermédiaire repose sur un équilibre précaire : les combats s’intensifient, mais les groupes armés ne gagnent ni ne perdent de terrain. Une situation qui pourrait s’enliser pendant des années, avec des répercussions humanitaires dramatiques.

Enfin, le pire des cas ? Un effondrement partiel de l’État malien, avec des zones entières basculant sous le contrôle exclusif des groupes armés. Une perspective qui contraindrait Bamako à une réévaluation totale de sa stratégie.

Que retenir des premiers signes ?

Les premières semaines suivant l’annonce des renforts militaires sont cruciales. Une amélioration visible des services publics dans les régions reconquises pourrait renforcer la légitimité des FAMa. À l’inverse, des échecs répétés alimenteraient un sentiment de découragement, voire de rejet envers les autorités. L’opinion publique malienne reste donc un thermomètre incontournable.

Face à l’urgence, Assimi Goïta semble avoir fait un choix audacieux. Mais le pari est loin d’être gagné. Le temps dira si cette stratégie militaire portera ses fruits… ou si elle aggravera la crise.

Une chose est sûre : au Mali, chaque décision compte désormais plus que jamais.