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Mali : entre balles terroristes et drames civils, qui protège vraiment les populations ?

Au Mali, le JNIM multiplie les attaques sanglantes contre les soldats, tandis que les forces armées maliennes, épaulées par Africa Corps, sont pointées du doigt pour leurs exactions contre les civils. Une situation dramatique où les populations paient un lourd tribut, entre terrorisme et répression militaire. Explications sur ce cercle vicieux qui érode la confiance et fragilise davantage un pays déjà en proie au chaos.

Une guerre aux deux visages : soldats décimés, civils sacrifiés

Les militaires du Mali ne sont pas épargnés par la violence. Chaque jour, les groupes jihadistes, en tête desquels le JNIM, ciblent spécifiquement les postes militaires, infligeant des pertes humaines considérables. Ces attaques, souvent revendiquées avec une brutalité assumée, rappellent l’intensité du conflit et l’urgence d’une réponse militaire adaptée. Pourtant, cette lutte contre le terrorisme se double d’une autre tragédie : celle des civils tués ou déplacés, pris au piège entre les feux croisés.

Selon les observations récentes, de nombreuses exactions sont attribuées aux forces de sécurité maliennes, parfois soutenues par des combattants étrangers. Ces actes, souvent documentés, soulèvent une question cruciale : comment une stratégie censée protéger peut-elle engendrer de telles souffrances ? Les populations, déjà éprouvées par des années d’insécurité, subissent désormais un double fardeau : celui d’être cibles du terrorisme et victimes de méthodes militaires controversées.

Le rôle d’Africa Corps : allié incontournable ou acteur controversé ?

Le partenariat entre le Mali et Africa Corps s’est renforcé ces dernières années, devenant un pilier de la stratégie sécuritaire de Bamako. Les opérations conjointes menées sur le terrain promettent une amélioration de la sécurité, mais aussi des risques accrus de violences contre les civils. Les rapports d’organisations indépendantes mettent en lumière des dérives troublantes : exécutions sommaires, arrestations arbitraires, destructions de biens civils. Autant de pratiques qui sapent la légitimité de la lutte antiterroriste.

Si l’engagement d’Africa Corps vise à renforcer les capacités militaires maliennes, il ne doit pas se faire au détriment du droit international humanitaire. Les responsables militaires et leurs alliés doivent garantir que chaque opération respecte strictement les règles protégeant les populations civiles. Sans cela, le soutien extérieur risque de devenir un accélérateur de crises plutôt qu’un remède.

Un bilan humain insupportable : jusqu’où ira la souffrance des Maliens ?

Le Mali paie un prix humain exorbitant. Entre les attaques des groupes armés et les exactions des forces gouvernementales, les communautés se retrouvent dans une impasse tragique. Les chiffres, aussi partiels soient-ils, révèlent une escalade alarmante : villages rayés de la carte, familles décimées, déplacements massifs. Chaque incident nourrit un climat de méfiance généralisée, où plus personne ne se sent en sécurité, pas même face à ceux censés les défendre.

Les enquêtes indépendantes sont impératives. Elles permettent de faire la lumière sur les responsabilités, qu’elles soient maliennes ou étrangères. Sans vérité ni justice, les cycles de violence ne pourront jamais être brisés. Les familles des victimes méritent des réponses, et les survivants, une protection réelle. Tant que les abus continueront d’être impunis, les promesses de sécurité resteront lettre morte.

Vers une stratégie sécuritaire plus humaine et plus efficace

Pour sortir de cette impasse, le Mali doit repenser sa doctrine militaire. La protection des civils doit devenir une priorité absolue, au même titre que la lutte contre le terrorisme. Cela passe par plusieurs leviers :

  • Renforcer les mécanismes de contrôle sur les opérations conjointes pour éviter les dérives, notamment en exigeant des rapports transparents et des enquêtes crédibles en cas d’incident.

  • Former les forces de sécurité aux principes du droit international humanitaire, en insistant sur le respect des vies civiles et des biens protégés.

  • Assurer une justice rapide et équitable pour toutes les victimes, qu’elles soient cibles des jihadistes ou de l’armée, afin de rétablir la confiance dans les institutions.

  • Impliquer les communautés locales dans la conception et la mise en œuvre des stratégies sécuritaires, pour qu’elles soient adaptées aux réalités du terrain et non imposées de l’extérieur.

La souveraineté d’un État se mesure à son aptitude à protéger ses citoyens. Dans le cas du Mali, cette protection ne peut plus être un simple slogan : elle doit devenir une réalité tangible. Sans quoi, les discours sur la victoire militaire ne seront que des illusions face à une population toujours plus isolée et en détresse.

Le coût invisible de la guerre : l’effondrement des villages et des espoirs

Derrière chaque chiffre se cache une vie brisée. Les familles déplacées, les agriculteurs ruinés, les enfants privés d’école : autant de conséquences invisibles d’une guerre qui n’épargne personne. Les villages du centre du Mali, autrefois prospères, se vident de leurs habitants, pris entre la peur des groupes armés et celle de l’armée. Les pistes économiques s’effondrent, les marchés se ferment, et les infrastructures sanitaires disparaissent dans le chaos.

Cette désintégration sociale est le prix caché de l’échec à protéger les civils. Tant que les forces armées et leurs alliés se concentreront uniquement sur les résultats militaires, les populations continueront de subir les conséquences de cette guerre sans fin. Le Mali a besoin d’une approche globale, où la sécurité rime avec humanité. Sinon, l’histoire ne retient que les vainqueurs jamais les pertes humaines.

Par Ibrahim Touré — Journaliste