15 juillet 2026
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Dans l’Est et l’Adamaoua, deux régions camerounaises où l’or brille de mille feux, l’État peine à faire respecter ses règles. Les sites miniers se multiplient, échappant à tout contrôle fiscal ou administratif. Derrière ce phénomène se cachent des circuits opaques, des milliards en devises qui quittent le pays sans laisser de trace, et des réseaux bien organisés qui prospèrent grâce à des complicités locales.

Des régions en pleine fièvre aurifère

Betare Oya, Batouri, ou encore Meiganga : ces localités du Cameroun oriental sont devenues les épicentres d’une ruée vers l’or. Des milliers d’individus, mineurs artisanaux ou petits investisseurs, y creusent le sol dans l’espoir de faire fortune. Pourtant, cette manne financière colossale échappe presque totalement aux caisses de l’État. Les autorités camerounaises peinent à imposer leur autorité sur ces territoires, où la loi est souvent remplacée par celle des plus forts.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon les estimations, plusieurs centaines de milliards de francs CFA partent chaque année vers des destinations étrangères, notamment Dubaï. Une partie de cet or est officiellement exportée, mais une autre transite par des canaux illégaux, échappant à toute taxation. Les autorités camerounaises reconnaissent l’ampleur du phénomène, mais les solutions tardent à se concrétiser.

Des réseaux criminels qui prospèrent sur le dos de l’État

Derrière cette économie parallèle se cachent des organisations bien structurées. Des intermédiaires locaux, des fonctionnaires corrompus et des trafiquants internationaux forment un maillage complexe. Leur objectif est simple : extraire l’or à moindre coût et le vendre à l’étranger sans payer les taxes dues. Les méthodes utilisées sont variées : faux documents, sous-évaluation des cargaisons, ou encore passage par des pays tiers pour brouiller les pistes.

Les complicités au sein même des institutions camerounaises jouent un rôle clé dans ce système. Certains agents des douanes, de la police ou des mines ferment les yeux en échange de pots-de-vin. D’autres facilitent directement les exportations frauduleuses. Cette collusion entre acteurs publics et privés permet aux réseaux criminels de fonctionner en toute impunité.

Les conséquences pour l’économie camerounaise

Cette fuite massive de capitaux prive le Cameroun de ressources essentielles. Les milliards perdus pourraient financer des infrastructures, l’éducation ou la santé. Au lieu de cela, ils enrichissent des individus sans scrupules, souvent basés à l’étranger. Les autorités camerounaises ont tenté de renforcer les contrôles, mais les résultats restent limités face à l’ingéniosité des fraudeurs.

Les conséquences ne sont pas seulement économiques. L’exploitation minière artisanale, souvent anarchique, dégrade l’environnement et met en danger les mineurs, qui travaillent dans des conditions précaires. Sans cadre légal strict, le secteur de l’or au Cameroun reste un Far West où seuls les plus rusés s’en sortent.

Vers une régulation plus stricte ?

Face à l’ampleur de la situation, des voix s’élèvent pour réclamer une réforme en profondeur. Des experts proposent de renforcer les sanctions contre les fraudeurs, de digitaliser les processus d’exportation ou encore de traquer les avoirs illicitement placés à l’étranger. Mais ces mesures nécessitent une volonté politique forte et une coordination entre les différents acteurs, ce qui n’est pas encore une réalité au Cameroun.

En attendant, l’or camerounais continue de couler à flots, alimentant une économie souterraine qui échappe à l’État. Une situation qui rappelle que, dans ce pays, les richesses naturelles ne profitent pas toujours à ceux qui en ont le plus besoin.