Au Sénégal, le paysage politique connaît une recomposition majeure avec la décision du Parti démocratique sénégalais (PDS) de s’opposer frontalement au projet de révision constitutionnelle. Le président Bassirou Diomaye Faye a choisi de solliciter l’avis du peuple par voie référendaire sur une loi qui cristallise toutes les tensions.
Ce projet de réforme, initialement impulsé par le Pastef d’Ousmane Sonko et adopté par l’Assemblée nationale, prévoit un renforcement significatif des pouvoirs législatifs au détriment de l’exécutif. En appelant à voter « non », la formation d’Abdoulaye Wade se range de fait aux côtés du chef de l’État dans ce bras de fer institutionnel.
Un historique d’alliances fluctuantes
La relation entre le PDS et le camp présidentiel actuel n’est pas nouvelle. Déjà en 2022, lors des élections législatives, le parti libéral s’était associé au Pastef pour affronter la coalition de Macky Sall. Cette stratégie s’était poursuivie lors du scrutin présidentiel de mars 2024, où le PDS avait soutenu le duo Ousmane Sonko–Bassirou Diomaye Faye après l’invalidation de la candidature de Karim Wade.
Ce ralliement avait permis à Bassirou Diomaye Faye de consolider ses voix et de l’emporter face à Amadou Ba. Pour le clan Wade, il s’agissait alors de sanctionner le pouvoir sortant, tenu responsable de l’exil de Karim Wade, tout en espérant peser sur la future gouvernance du pays.
Une prise de distance stratégique
Malgré cette victoire commune, le PDS n’a jamais intégré le gouvernement. Resté autonome, le parti a observé de loin les premiers pas de la nouvelle administration. Pour l’analyste politique Hamadou Tidiane Sy, ce rapprochement initial tenait davantage du calcul tactique que d’une réelle fusion idéologique.
Le PDS cherche aujourd’hui à retrouver sa place sur l’échiquier politique national après une période difficile. La fin de l’année 2024 a d’ailleurs montré la versatilité des alliances, le parti d’Abdoulaye Wade n’hésitant pas à s’unir temporairement à l’APR de Macky Sall lors de législatives anticipées pour contrer l’hégémonie du Pastef.
Faire bloc contre la « soif de pouvoir » d’Ousmane Sonko
L’actuelle discorde entre le président et son Premier ministre offre au PDS une opportunité de se repositionner en défenseur des institutions. Dans un communiqué officiel, le parti exhorte ses partisans et l’ensemble des citoyens sénégalais à rejeter massivement les réformes lors du scrutin.
Le PDS dénonce des modifications constitutionnelles qui seraient uniquement au service des intérêts personnels d’Ousmane Sonko. Le parti pointe du doigt une volonté de déstabiliser les fondements démocratiques du Sénégal par haine des institutions républicaines.
Selon Hamadou Tidiane Sy, ce sentiment est partagé par une large partie de l’opposition. Bien que les différents partis ne se rallient pas formellement à Bassirou Diomaye Faye, ils s’unissent dans une volonté commune de freiner l’influence d’Ousmane Sonko, perçu comme un élément radical et clivant au sein de la classe politique.
Le président en quête de nouveaux horizons politiques
Cette situation pourrait permettre à Bassirou Diomaye Faye de s’émanciper de la tutelle de son propre parti. Conscient des critiques internes au Pastef, le chef de l’État semble vouloir renforcer sa propre coalition, « Diomaye Président », en s’appuyant sur de nouveaux partenaires comme le PDS.
Pour de nombreux observateurs, la rupture entre le président et le mouvement qui l’a porté au pouvoir semble désormais consommée. Dans les rangs du Pastef, le terme de « trahison » circule déjà, marquant la fin d’une époque et le début d’une nouvelle ère politique axée sur la recherche d’un consensus plus large pour la démocratie sénégalaise.