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Lomé, point de passage russe vers le Sahel : le projet de corridor se précise

Le port de Lomé s’impose comme un maillon central dans la stratégie russe d’accès aux marchés sahéliens. La première session de la Commission intergouvernementale russo-togolaise, tenue du 29 septembre au 1er octobre 2026, a officialisé un projet de corridor logistique reliant la Russie au Togo et à plusieurs pays du Sahel. Une délégation russe de 29 représentants, conduite par le vice-ministre des Transports Alexeï Chilo, a examiné les conditions techniques et commerciales de ce dispositif.

Un projet aux implications multiples

Derrière l’annonce d’un simple axe de transport, c’est une recomposition des routes commerciales ouest-africaines qui se dessine. Les discussions ont porté sur les coûts, les délais, les infrastructures et les volumes d’échanges potentiels. La délégation a visité le Port autonome de Lomé, l’aéroport international Gnassingbé-Eyadéma et la Plateforme industrielle d’Adétikopé (PIA), trois sites qui pourraient structurer ce corridor.

Le précédent du Mikhail Britnev

L’attention portée à ce projet tient aussi à un épisode survenu quelques mois plus tôt. Le 9 juillet 2026, le cargo russe Mikhail Britnev, visé par des sanctions américaines depuis 2024, a accosté à Lomé. Des données de suivi maritime ont confirmé sa présence. Quelques jours après, une colonne de véhicules militaires était observée à Bamako. Des images satellites analysées par des experts ont établi une correspondance entre le matériel déchargé à Lomé et celui aperçu au Mali. Selon une analyse de Critical Threats, le navire aurait livré environ 50 véhicules militaires destinés aux forces de l’Africa Corps, avant leur acheminement terrestre à travers le Togo et le Burkina Faso.

Ce précédent ne signifie pas que le futur corridor commercial sera utilisé à des fins militaires. Il démontre toutefois que Lomé dispose déjà des capacités logistiques pour relier les routes maritimes russes aux réseaux terrestres sahéliens.

Une relation construite depuis Moscou

Le rapprochement entre Lomé et Moscou n’est pas récent. Le 19 novembre 2025, Faure Gnassingbé a été reçu au Kremlin par Vladimir Poutine. Les échanges ont porté sur la coopération économique, commerciale, énergétique et sécuritaire, avec une attention particulière à la situation au Sahel. Depuis, les discussions ne se limitent plus à la diplomatie : elles englobent les infrastructures, les transports, l’énergie, l’industrie et la logistique.

La réunion de septembre-octobre 2026 s’inscrit dans cette trajectoire déjà engagée.

La PIA, un atout industriel

La visite des représentants russes à la Plateforme industrielle d’Adétikopé ouvre une perspective supplémentaire. Le Togo ne serait plus seulement une porte d’entrée pour les marchandises russes, mais aussi un espace de stockage, de transformation et de redistribution régionale. Un port sert à faire transiter des marchandises ; un hub logistique permet de les recevoir, de les stocker, de les transformer et de les réacheminer vers plusieurs marchés. C’est cette seconde logique qui pourrait donner au Togo une importance nouvelle dans la stratégie africaine de Moscou.

Une nouvelle bataille pour les corridors ouest-africains

La fermeture persistante de la frontière entre le Bénin et le Niger complique les circuits commerciaux habituels et accentue la concurrence entre les ports de la région. Dans ce contexte, Lomé dispose d’atouts : sa façade maritime, ses infrastructures portuaires, ses connexions routières avec l’intérieur de l’Afrique de l’Ouest et la présence de la PIA. La Russie semble vouloir exploiter cette combinaison.

La question n’est donc plus seulement de savoir quel port accueillera les navires russes. Elle est de comprendre quelles routes commerciales relieront demain la Russie aux marchés sahéliens, quels États contrôleront les principaux corridors et quelles puissances seront capables d’en assurer la logistique.

Lomé, bien plus qu’un port de transit

Alors que les circuits commerciaux régionaux se recomposent et que les pays de l’AES cherchent de nouvelles voies d’approvisionnement, le Togo occupe une position charnière. Lomé pourrait devenir un point de jonction entre les intérêts commerciaux russes, les réseaux logistiques du Golfe de Guinée et les marchés sahéliens.

Aucune date définitive n’a été annoncée pour la mise en œuvre complète du corridor. Mais une évolution est déjà visible : la relation entre Lomé et Moscou passe d’une coopération diplomatique à une coopération opérationnelle. Dans un Sahel où les alliances se recomposent rapidement, le port de Lomé pourrait devenir l’un des points nodaux de cette nouvelle configuration.