13 juin 2026
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Le 25 novembre 1998 reste une date gravée en lettres d’or dans les annales du football hexagonal. Ce soir-là, le RC Lens, sous la houlette de Daniel Leclercq, réalisait l’impensable en devenant la première formation française à s’imposer dans le temple mythique de Wembley face à Arsenal. Guillaume Warmuz, le dernier rempart des Sang et Or lors de cette épopée en Ligue des champions, nous replonge dans les coulisses de cette soirée d’anthologie.

Libérés par l'enjeu d'un match de prestige à Londres, les Lensois avaient un plan de jeu assumé selon Guillaume Warmuz : « Couper l'équipe en deux. » Un choix osé porté par la décision de repasser à quatre défenseurs derrière. (Roberto Frankenberg /L'Équipe)

Une préparation sous le signe de la sérénéité

Dès notre installation au cœur de Londres, l’atmosphère était particulière. Nous avons immédiatement basculé dans une autre dimension, celle de la ferveur anglaise. L’objectif était clair : savourer chaque seconde de cette opportunité exceptionnelle de défier les champions d’Angleterre en titre. Sans la moindre pression, nous abordions ce rendez-vous comme la juste récompense de notre titre de champion de France. Il n’était pas question de faire de la figuration, mais de jouer crânement notre chance.

La veille de l’affrontement, l’entraîneur, surnommé « Le Druide », nous avait exhortés à nous préparer avec minutie tout en évacuant l’enjeu. À l’issue de l’ultime entraînement, un sentiment de plénitude habitait le groupe. En arrivant au stade, la majesté de Wembley nous a frappés. C’est ici que s’écrivent les plus grandes pages du football, et nous étions prêts à y laisser notre empreinte. Le message dans le vestiaire était offensif : il fallait aller les chercher, ne pas subir et transformer ce match en un véritable combat de boxe.

Un pari tactique audacieux

Tactiquement, nous avions décidé de bousculer nos habitudes. Alors que nous évoluions généralement avec trois défenseurs centraux, nous sommes repassés à une ligne de quatre pour jouer plus haut sur le terrain. L’idée n’était pas de mettre en place un plan spécifique contre Nicolas Anelka ou Marc Overmars, mais de miser sur notre bloc et notre agressivité collective. Frédéric Déhu et Cyrille Magnier formaient la charnière, Déhu utilisant sa science du placement pour orchestrer la défense.

Habituellement composée de trois défenseurs centraux, la défense lensoise passe à une charnière Déhu - Magnier pour jouer plus haut. L'animation défensive repose sur un système en zone et de couverture mutuelle entre les défenseurs. Capitaine aux grandes capacités d'anticipation, Frédéric Déhu assume un rôle central et couvre presque toute la largeur du terrain.

Au milieu, Alex Nyarko servait d’ancre axiale, tandis que Cyril Rool et Mickaël Debève multipliaient les courses. Notre schéma en 4-3-1-2 coupait volontairement l’équipe en deux blocs de cinq pour maintenir une pression constante. Devant, Vladimir Smicer évoluait en soutien du duo Tony Vairelles et Pascal Nouma. De mon côté, je savais que ma vigilance devait être totale pour sortir loin de mon but et couper les trajectoires dans le dos de ma défense.

Pour compenser la hauteur de son bloc et de sa ligne defensive, Guillaume Warmuz doit se montrer tres vigilant et sortir pour couper les appels des offensifs d'Arsenal. En premiere periode surtout, il signe deux interventions decisives : la premiere dans les pieds de Marc Overmars (6e) et la seconde sur un dangereux deboule de Nicolas Anelka (31e), lance dans le dos des centraux lensois.

Le tournant de la première période

Dès l’entame, nous avons affiché nos intentions avec un bloc très haut. Malgré une frayeur précoce sur une occasion de Wreh, nous sommes restés concentrés. J’ai dû intervenir de manière décisive face à Overmars dès la 6e minute, puis est venu le moment clé à la 31e minute : Nicolas Anelka s’est engouffré seul dans la profondeur. J’ai senti que j’allais être en retard, j’ai donc dû anticiper son crochet pour lui subtiliser le ballon dans les pieds. C’était un quitte ou double salvateur.

Connu pour son sens de l'anticipation et du placement, Frédéric Déhu est chargé de couvrir le jeu dans le dos de la défense lensoise, ici face à l'attaquant français d'Arsenal, Nicolas Anelka. (L'Équipe)

À la pause, le score était vierge. Dans l’intimité du vestiaire, Daniel Leclercq nous a demandé de resserrer les rangs pour éviter les espaces dans lesquels s’engouffraient les attaquants des Gunners. Nous sentions que le match pouvait basculer en notre faveur. En face, Arsène Wenger recadrait ses troupes, mais notre détermination était intacte.

Le coup de grâce de Mickaël Debève

En seconde période, Arsenal a intensifié ses assauts sur notre flanc droit, mais c’est nous qui avons obtenu l’opportunité la plus franche par Nouma à la 52e minute. Notre pressing commençait à épuiser la défense londonienne. À la 73e minute, l’histoire s’est écrite : après une récupération de Vairelles et un relais d’Eloi, Smicer a adressé un centre-tir parfait. Mickaël Debève, à l’affût au second poteau, a propulsé le cuir au fond des filets.

73e minute. Surpris par le jaillissement au second poteau de Mickaël Debève, le gardien anglais David Seaman réclame le hors-jeu. En vain. (L'Équipe)

La fin de rencontre fut électrique. Les joueurs d’Arsenal, piqués au vif, ont multiplié les longs ballons. À la 89e minute, j’ai dû m’interposer une dernière fois face à Overmars qui tentait de me lober. Au coup de sifflet final, l’émotion était indescriptible. Nous venions de réaliser un exploit unique dans un stade qui n’accueillerait plus jamais de clubs français dans cette configuration.

L'action du but (73e) illustre la flexibilité offensive et les dédoublements lensois. Initiée par Vladimir Smicer en position de numéro 10, elle voit Tony Vairelles décrocher, Smicer dézoner puis centrer depuis le flanc gauche de la surface londonienne, et Mickaël Debève au second poteau inscrire l'unique but du match après une longue course.

Un moment de solitude éternel

Après la liesse collective, j’ai ressenti le besoin de m’isoler. Alors que tout le monde avait quitté les lieux, je suis retourné sur la pelouse de Wembley. Les projecteurs s’éteignaient progressivement, laissant place à une brume légère et au silence. Je me suis assis seul en tribune pendant de longues minutes, savourant l’instant. Pour le gamin de Blanzy que j’étais, ce moment de grâce était irréel. J’ai simplement remercié le destin : non seulement nous avions gagné, mais nous étions les pionniers de ce succès historique.

Wembley, le théâtre du rêve lensois. (L'Équipe)