21 juin 2026
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Le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) a annoncé son intention d’intensifier sa riposte juridique et économique. Cette décision fait suite à la publication de rapports par Human Rights Watch et Global Witness, qui mettent en lumière la situation sécuritaire, humanitaire et l’exploitation des ressources naturelles dans les régions de l’Est de la RDC sous le contrôle de la rébellion de l’AFC/M23.

Patrick Muyaya, Roger Kamba et Gaby Kasongo

Lors d’un point de presse conjoint avec Samuel Roger Kamba, ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement, a souligné que ces révélations ne constituaient pas une surprise pour les autorités congolaises. Kinshasa agit sur plusieurs fronts, notamment « un front judiciaire et un front économique », et de nouvelles procédures seront lancées prochainement par le ministère de la Justice.

« Concernant les récents rapports de Human Rights Watch et de Global Witness, ce ne sont pas des rapports qui nous surprennent. Nous disposons de nos propres services et c’est la raison pour laquelle notre stratégie de riposte face à cette agression s’articule sur plusieurs fronts. Il y a un front judiciaire et un front économique. D’ailleurs, dans les prochains jours, de nouvelles actions judiciaires seront engagées par le ministère de la Justice. Pour nous, s’agissant notamment des minerais, il ne suffit pas de pointer du doigt ceux qui se servent à la source. Il faut analyser ou regarder l’ensemble de la chaîne », a affirmé Patrick Muyaya devant les journalistes.

Abordant la question de l’exploitation et du commerce des minerais dans l’Est de la RDC, Patrick Muyaya a insisté sur la nécessité d’examiner l’intégralité du circuit, plutôt que de se limiter aux acteurs locaux. Il a rappelé qu’une réunion significative avait déjà eu lieu à Genève, en présence de la Première ministre et de plusieurs négociants impliqués dans ces filières commerciales. Ces rapports « viennent corroborer des informations dont nous disposions déjà. Ils nous apportent également des éléments complémentaires susceptibles de renforcer les dossiers que nous avons déjà constitués, comme je l’ai indiqué, il y a d’une part l’action judiciaire et, d’autre part, le volet économique. Nous visons notamment l’économie de guerre entretenue par le Rwanda, qui tire profit de l’instabilité dans l’Est de la République démocratique du Congo », a-t-il précisé.

Un autre point soulevé par Patrick Muyaya concerne les allégations de recrutement forcé d’enfants, particulièrement documentées par Human Rights Watch. Le porte-parole du gouvernement a indiqué que les autorités congolaises recevaient des alertes à ce sujet depuis plusieurs mois. Selon lui, ces méthodes coercitives découlent de l’impopularité de la rébellion de l’AFC/M23 dans les zones qu’elle occupe, où elle cherche à imposer sa présence par la contrainte.

« L’autre aspect soulevé dans ces rapports concerne le recrutement forcé d’enfants, notamment dans le rapport de Human Rights Watch. Nous savons que le père (Rwanda) et le fils (AFC/M23) sont impopulaires dans les parties du pays qu’ils occupent. Comme ils gouvernent par crimes : la peur et la violence, ils recourent à des méthodes coercitives, notamment à l’égard des enfants comme au Rwanda. À plusieurs reprises, nous avons reçu des alertes de parents. À un certain moment, certains hésitaient même à envoyer leurs enfants à l’école par crainte de recrutements forcés, des mises en scène sont parfois organisées afin de présenter publiquement de prétendus volontaires recrutés dans certains camps », a-t-il détaillé.

Il a ajouté que « les conclusions de Human Rights Watch viennent confirmer ce que nous dénonçons depuis longtemps. Elles pourront également renforcer les procédures judiciaires déjà engagées. Les faits documentés relèvent de crimes graves, y compris des crimes de guerre, pour lesquels les mécanismes de justice nationale et internationale sont déjà saisis ou le seront prochainement ».

Patrick Muyaya a réaffirmé la détermination de son gouvernement à poursuivre ses actions contre Kigali et l’AFC/M23 sur divers fronts afin de rétablir la République démocratique du Congo dans ses droits. « Nous connaissons le type de l’agresseur ou la nature de l’agresseur ainsi que ses méthodes, nous les traquerons partout. D’ailleurs, les rapports de Human Rights Watch et de Global Witness ne reflètent pas nécessairement l’ensemble de ce qui se passe sur le terrain, c’est pourquoi nous continuons à nous appuyer sur le travail de nos services et lorsque de tels rapports sont publiés, ils viennent compléter les investigations en cours et renforcer davantage notre réponse », a-t-il soutenu.

Le porte-parole du gouvernement a également mentionné que la réaction de Kinshasa ne se limite pas à des déclarations. Il a cité les récentes sanctions imposées par les autorités américaines à certains responsables de l’armée rwandaise, y voyant une confirmation de l’implication de cette armée dans des circuits illicites liés à l’exploitation des minerais. « La réaction du gouvernement ne se limite pas à des déclarations ou à des communiqués. Elle se traduit avant tout par des actions concrètes. Si les autorités américaines ont récemment pris des sanctions contre certains responsables de l’armée rwandaise, c’est notamment parce que cette armée est considérée comme impliquée, complice ou responsable de circuits illicites liés à l’exploitation et au commerce des minerais, toutes ces questions font déjà l’objet de démarches judiciaires et d’actions qui se poursuivront dans les prochaines semaines », a-t-il affirmé.

Ces rapports viennent consolider des enquêtes antérieures sur les violations des droits humains et le pillage des ressources naturelles dans l’Est de la République démocratique du Congo. Ils surviennent dans un contexte d’offensive de l’AFC/M23, un mouvement que les autorités congolaises et plusieurs rapports internationaux désignent comme soutenu par le Rwanda, et qui contrôle de vastes territoires dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Les révélations de Global Witness relancent le débat sur l’efficacité des mécanismes internationaux visant à empêcher l’intégration de minerais stratégiques issus de zones de conflit dans les chaînes d’approvisionnement mondiales.

Depuis des années, le gouvernement congolais soutient que l’instabilité persistante dans l’Est du pays est avant tout motivée par des intérêts économiques liés à l’exploitation illégale des ressources minières. Kinshasa qualifie régulièrement ce conflit de « guerre économique » axée sur le pillage des minerais congolais. Des accusations systématiquement niées par Kigali, qui rejette toute implication dans l’exploitation illégale des ressources naturelles de la RDC et dans la déstabilisation de sa partie orientale.