29 juin 2026
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En emmenant les Léopards jusqu’aux seizièmes de finale de la Coupe du monde (au minimum), la République démocratique du Congo ne fête pas simplement une réussite sportive. Elle affiche également une volonté politique : faire du football un outil de cohésion nationale et un emblème du retour de l’État. Une politique assumée par le président Félix Tshisekedi depuis plusieurs années.

Les scènes resteront gravées. De Kinshasa à Lubumbashi, de Kisangani à Mbuji-Mayi, sans oublier les cités meurtries de l’Est, les Congolais ont envahi les rues pour saluer la qualification historique des Léopards, le 28 juin dernier, parmi les meilleures sélections mondiales. Pendant quelques instants, les divisions politiques, régionales ou ethniques se sont effacées derrière le même étendard.

Dans un pays souvent réduit à ses crises sécuritaires, cette épopée sportive raconte une autre narration : celle d’une nation qui reprend confiance. Le football n’explique évidemment pas tout. Mais il agit comme un révélateur. Derrière les exploits des Léopards se dessine une ambition plus large : rebâtir une fierté nationale dans une nation confrontée depuis des décennies à la guerre, aux fractures et aux convoitises extérieures.

Un discours présidentiel en décembre affiche clairement cette vision

Cette interprétation n’est pas le fruit du hasard. Dans son discours à la Nation du 9 décembre, Félix Tshisekedi consacrait un passage entier au sport. Il rendait hommage aux performances des sportifs congolais, évoquait la qualification des Léopards et déclarait que « chaque victoire, chaque drapeau hissé, construit notre fierté, notre identité nationale et le socle immatériel de notre unité ».

Cette phrase résume à elle seule une orientation politique. Pour le chef de l’État, le football n’est pas qu’un divertissement populaire. Il contribue à la cohésion nationale. Il rappelle qu’au-delà des tensions, il existe une destinée commune congolaise.

Dans le même discours, Félix Tshisekedi soulignait un point fondamental : la République démocratique du Congo demeure « une et indivisible », en dépit des agressions extérieures, des groupes armés et des tentatives de déchirement du territoire. Ainsi, chaque succès des Léopards constitue une preuve symbolique de cette unité retrouvée.

Le sport comme levier de souveraineté

Depuis plusieurs années, le pouvoir congolais multiplie les actions pour conférer une place stratégique au sport. Organisation de grands rendez-vous continentaux, réforme de la gouvernance sportive, appui affiché aux sélections nationales, mise en lumière des athlètes : autant d’initiatives qui traduisent une conviction simple. Le rayonnement d’un État passe aussi par ses succès sportifs.

L’arrivée récente de Véron Mosengo-Omba à la tête de la FECOFA et la nomination d’Amadou Diaby comme premier vice-président s’intègrent dans cette dynamique. Tous deux défendent une conception moderne du football, où performance sportive, professionnalisation et image internationale avancent de concert. Cette nouvelle gouvernance accompagne une génération de joueurs qui, enfin, transforme l’immense potentiel du football congolais en résultats.

Une popularité indéniable: « Fatshi béton »

Dans un climat marqué par les défis sécuritaires à l’Est et les profondes mutations engagées par les autorités, cette réussite sportive offre également au président Tshisekedi un puissant symbole politique. Non qu’il soit l’artisan direct des victoires des Léopards – celles-ci reviennent d’abord aux joueurs, au sélectionneur et au staff – mais parce qu’il a constamment choisi de faire du sport un instrument de cohésion nationale.

Premier supporter de la sélection, multipliant les messages d’encouragement, le chef de l’État accompagne cette aventure sportive comme il porte un récit plus large : celui d’une République démocratique du Congo qui entend retrouver confiance en son avenir. Le slogan populaire « Fatshi béton » (Fatshi étant le diminutif de Félix Tshisekedi et le béton symbolisant la solidité) illustre d’ailleurs cette proximité cultivée avec une partie de l’opinion, au-delà des clivages politiques.

Le révélateur d’une nouvelle RDC

En RDC, une observation revient souvent chez les responsables politiques et économiques : le pays cherche désormais à modifier son image. Longtemps présenté uniquement sous l’angle des conflits ou de l’exploitation de ses ressources, il veut désormais être associé à sa stabilité retrouvée, à ses réformes, à son potentiel économique et à son influence régionale. Les Léopards offrent aujourd’hui une vitrine exceptionnelle à cette ambition.

Le football ne résoudra ni les défis sécuritaires ni les immenses enjeux de développement auxquels la RDC reste confrontée. Mais il rappelle une vérité fondamentale : lorsqu’un peuple entier acclame une même équipe, lorsqu’une victoire rassemble de Kinshasa jusqu’aux territoires les plus éprouvés de l’Est, c’est toute une nation qui affirme son existence.