7 septembre 2026
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Les tensions entre l’Espagne et le Maroc s’intensifient après l’afflux de plus de 72 000 migrants à Ceuta fin juillet, un événement qui a révélé les revendications territoriales non résolues de Rabat sur les enclaves espagnoles d’Afrique du Nord.

Manifestation de migrants à Ceuta

Jorge Dezcallar, ancien ambassadeur d’Espagne au Maroc et ex-directeur des services de renseignement espagnol (CNI), souligne que les autorités marocaines n’ont jamais abandonné leurs prétentions sur Ceuta et Melilla. Selon lui, cette situation a joué un rôle clé dans la crise migratoire récente, alors que Rabat « teste la réaction d’un gouvernement espagnol affaibli ».

Le gouvernement de Pedro Sánchez, dirigé par la gauche espagnole, traverse une période difficile marquée par des scandales de corruption impliquant des membres de son entourage et des divergences croissantes avec ses partenaires européens, notamment sur les questions migratoires et les relations transatlantiques.

Une rivalité historique et des enjeux géopolitiques

Les relations entre Madrid et Rabat sont souvent marquées par des hauts et des bas, oscillant entre coopération et tensions. Pourtant, les deux pays restent étroitement liés, notamment sur les plans économique et sécuritaire, avec une collaboration essentielle en matière de lutte contre le terrorisme et de gestion des flux migratoires.

Les responsables marocains, y compris le ministre de la Justice Abdellatif Ouahbi, réaffirment régulièrement leurs revendications. « Ceuta et Melilla font partie intégrante de nos territoires historiques. Nous aborderons cette question avec patience et par la négociation », a-t-il déclaré. La ministre espagnole de la Défense, Margarita Robles, a immédiatement réagi pour affirmer sans ambiguïté : « Ceuta et Melilla sont espagnoles, et elles le resteront. »

L’impact des tensions sur la stabilité régionale

Le roi Felipe VI d’Espagne n’a jamais effectué de visite officielle à Ceuta ou Melilla, tandis qu’un ministre des Affaires étrangères espagnol n’a fait le déplacement qu’en août 2026, une première dans l’histoire démocratique récente, selon les observateurs. Cette démarche a été interprétée comme une tentative de ne pas envenimer les relations avec le Maroc.

Cependant, les deux pays attribuent la crise migratoire à des réseaux de trafic d’êtres humains, exploitant une décision de la Cour suprême espagnole en juillet 2026, qui a suspendu les renvois immédiats de migrants arrivant par voie maritime. Pour Dezcallar, cette situation révèle une « certaine négligence ou permissivité » des autorités marocaines.

L’ancien diplomate met en garde : l’Espagne ne dispose pas des moyens suffisants pour endiguer un nouvel afflux, d’autant plus que Ceuta a déjà connu des situations similaires par le passé. Il rappelle notamment la crise de 2021, lorsque l’Espagne avait autorisé l’hospitalisation du leader sahraoui Brahim Ghali. En représailles, le Maroc avait orchestré l’arrivée de près de 10 000 migrants à Ceuta, qualifiée par la ministre Robles de « chantage ».

« Une erreur ne peut être pardonnée qu’une fois. Je ne peux croire que le gouvernement ignorait les avertissements des autorités locales de Ceuta, qui signalaient déjà une augmentation progressive des arrivées irrégulières quelques jours avant l’afflux », déclare Dezcallar. Les services de renseignement espagnols ont même alerté début août sur un risque d’afflux massif le 15 août, consécutif à des appels relayés sur les réseaux sociaux. Les syndicats de police et de la Garde civile ont confirmé cette menace.

L’avenir des relations hispano-marocaines

Pour Dezcallar, une chose est certaine : « Quiconque croit que le Maroc abandonnera ses revendications sur Ceuta et Melilla se trompe lourdement. » Cette position intransigeante pourrait continuer de peser sur les relations bilatérales, malgré les intérêts communs partagés par les deux nations.