3 juillet 2026
fd8c2c37-f128-4005-be81-eeb623238f71

Le Gabon franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de transformation industrielle avec le lancement d’une usine de fer à béton à Nkok. Le 1er juillet, le ministre de l’Industrie et de la Transformation locale, Lubin Ntoutoume, a officiellement lancé les travaux de la future unité Prometal Gabon. Ce projet, fruit d’un partenariat public-privé, représente un investissement de 38 milliards de francs CFA et s’étendra sur vingt-quatre mois au sein de la Zone d’investissement spécial (ZIS) de Nkok. À terme, la production annuelle devrait atteindre 60 000 tonnes de fer à béton, un matériau clé pour les secteurs du bâtiment et des travaux publics.

Cette initiative s’inscrit dans une volonté affichée de Libreville de réduire sa dépendance aux importations. Aujourd’hui, une part importante des produits sidérurgiques consommés au Gabon provient de l’étranger, alors que le pays dispose d’un sous-sol riche en minerais encore peu exploités. En développant une capacité de production locale, les autorités visent à limiter les sorties de devises et à renforcer un tissu industriel souvent limité à l’exportation de matières premières brutes.

Nkok, cœur battant de l’industrie gabonaise

La ZIS de Nkok, opérationnelle depuis plus de dix ans, incarne la politique de diversification économique menée par les différents gouvernements gabonais. Zone franche bénéficiant d’un régime fiscal et douanier avantageux, elle héberge déjà des entreprises du bois, de la métallurgie légère et de la logistique. L’arrivée de cette aciérie spécialisée dans le fer à béton vient enrichir un écosystème encore en construction, mais qui commence à s’articuler autour de chaînes de valeur locales, notamment dans le secteur du BTP.

Le choix de Nkok n’est pas un hasard. Le site profite d’un accès direct au réseau ferroviaire Transgabonais et au port d’Owendo, deux infrastructures essentielles pour une production lourde comme celle du fer à béton. Pour Prometal Gabon, la maîtrise des coûts logistiques est un enjeu majeur : produire un matériau compétitif implique de sécuriser les approvisionnements en intrants et de garantir une distribution efficace vers les principaux chantiers du pays, comme Libreville, Port-Gentil ou Franceville.

1 350 emplois directs et indirects promis

Sur le plan social, le projet promet la création de 1 350 emplois, un chiffre significatif dans un pays où le chômage des jeunes constitue un défi persistant. Au-delà des postes générés directement sur le site, l’usine devrait stimuler une multitude d’activités connexes : sous-traitance dans le BTP pendant la phase de construction, transport, maintenance et services techniques une fois la production lancée.

Cependant, la question des compétences se pose avec acuité. La sidérurgie nécessite des savoir-faire spécialisés en métallurgie, en gestion d’installations industrielles et en maintenance, des domaines encore peu couverts par les formations techniques locales. Prometal Gabon devra donc concilier recrutement local et transfert de technologies, un point que les autorités suivent avec attention dans le cadre du dialogue public-privé encadrant ce projet.

Une ambition qui dépasse les frontières du Gabon

Avec une capacité de 60 000 tonnes par an, l’usine ne se contentera pas de répondre aux besoins du marché gabonais. La demande locale en fer à béton, portée par les grands projets d’infrastructures et l’urbanisation croissante, reste inférieure à cette production. L’excédent potentiel ouvre des perspectives commerciales vers les pays voisins, comme la Guinée équatoriale, le Congo et le sud du Cameroun, où les besoins en matériaux de construction restent élevés et où la concurrence est encore dispersée.

Cette stratégie régionale s’inscrit dans un contexte où la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) peine à voir émerger des acteurs industriels intégrés. En implantant une aciérie sur son sol, le Gabon cherche à capter une partie de la valeur ajoutée qui échappe encore aux importateurs asiatiques et européens. Le délai de vingt-quatre mois annoncé pour la mise en service sera un test pour la crédibilité du dispositif Nkok, souvent pointé du doigt pour la lenteur de certains projets.

La réussite de ce chantier dépendra également de la stabilité du cadre macroéconomique et de la fluidité des relations entre Prometal Gabon et l’État gabonais, actionnaire du projet. Les précédents dans la sous-région rappellent que les projets sidérurgiques exigent une gouvernance rigoureuse et une visibilité à long terme sur les coûts de l’énergie et l’accès au foncier. La cérémonie de pose de la première pierre, présidée par le ministre Lubin Ntoutoume, marque le début d’une aventure industrielle aux enjeux multiples pour le pays.